«Il est de retour»: La comédie sur Hitler défraye la chronique en Allemagne

POLÉMIQUE La comédie, qui fait évoluer le dictateur dans l'Allemagne de 2014, effraye les médias...

20 Minutes avec AFP

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Olivier Masucci incarne Hitler dans le film «Er ist wieder da».

Olivier Masucci incarne Hitler dans le film «Er ist wieder da». — Constantin Film Verleih GmbH/Anne Wilk

De nos jours, en Allemagne, Adolf Hitler est accueilli par des sourires et des saluts nazis. Il fait le bonheur aussi bien des touristes que de villageois bavarois. « Oui, créons un camp de travail ! », lance un anonyme enthousiaste au dictateur… Ces scènes, on peut les voir dans Er ist Wieder da (« Il est de retour »), une comédie allemande sortie jeudi de l’autre côté du Rhin.

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Cette adaptation du livre de Timur Vermes, succès de librairie en 2012, ne se limite pas à porter à l’écran les différents chapitres imaginant comment réagirait le dictateur s’il se réveillait en 2014. Elle est aussi composée de séquences « réelles » montrant l’acteur Olivier Masucci, déguisé en Hitler, aller à la rencontre des passants. Ces derniers, qui ignorent à quoi sont destinées les images enregistrées par la caméra qui les filme, ont parfois eu des réactions qui ont effrayé le comédien. Le résultat évoque les facéties de Borat ou de La Connasse.

« Un aperçu du gouffre allemand » pour un quotidien berlinois

« Les gens ont besoin de parler, ils veulent s’épancher auprès d’un Hitler paternel qui les écoute. J’ai trouvé effrayant la vitesse avec laquelle on peut conquérir les gens. Ils se tenaient tout de même debout aux côtés d’Hitler », raconte Oliver Masucci à Bild. L’acteur dit avoir pris 20.000 à 25.000 « Hitler selfies » lors du tournage.

Ces dernières heures, Er ist wieder da fait couler beaucoup d’encre en Allemagne. D’autant plus qu’il sort au moment où le pays compose avec un afflux de centaines de milliers de réfugiés, nourrissant un retour de mouvements populistes, tel que Pegida, et une résurgence d’actes racistes. Autrement dit, les journaux se demandent si le film ne serait pas un miroir peu flatteur de l’Allemagne de 2015. « Un faux Hitler, une petite moustache a manifestement un effet décomplexant, comme un catalyseur, et offre un aperçu du gouffre allemand », s’inquiète le Berliner Morgenpost, pour qui le dictateur n’est en réalité « jamais parti ».

Der Spiegel s’agace de cette expérience qui « ne démasque en réalité rien du tout » Et de s’interroger : « Quelle serait la réaction convenable des passants face à l’Hitler-mascarade ? » « Hitler vend, Hitler est pop », analyse de son côté le Tagesspiegel en évoquant une « banalisation du mal », alors que la figure du dictateur, longtemps tabou, apparaît maintenant dans nombre d’ouvrages et publicités.