Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe dans «Antichrist».
Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe dans «Antichrist». - Les Films du Losange

Edit : Ecrit le 4 août 2015, après l’interdiction de « Love » aux moins de 18 ans, cet article a été modifié et mis à jour les 9 décembre 2015 et 3 février 2016 après les décisions de justices concernant « La Vie d’Adèle » et « Antichrist ».

Une fois encore, la censure a frappé. Prohibé initialement aux moins de 16 ans, Antichrist, le film choc de Lars von Trier, s’est vu retirer son visa d’exploitation par la justice française. La cour administrative d’appel de Paris avait été saisie par l’association Promouvoir. Et ce n’est pas fini : « D’autres films se sont encore vu récemment délivrer des visas illégaux : Bang Gang ou Les Huit salopards, pour ne prendre que deux exemples très récents », a déclaré la structure ce mercredi. Mais qui se cache derrière Promouvoir, et quels sont ses combats ?

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Qui est derrière Promouvoir ?

Si son site est actuellement indisponible et que l’association proche des milieux catholiques traditionalistes communique peu, on sait tout de même qu’elle compterait une centaine de membres et a été fondée en 1996 à Carpentras, notamment par André Bonnet. Actuel avocat de l’association, l’homme a durant un temps été affilié à Bruno Mégret, en figurant sur la liste du MNR (Mouvement National Républicain) aux municipales d’Avignon en 2001. Fervent défenseur des « valeurs judéo-chrétiennes », opposé à l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, André Bonnet aurait également conservé quelques sympathies du côté de l’extrême droite.

« Maître Bonnet a laissé passer les affaires sur L’Inconnu du lac [le film d’Alain Guiraudie dépeint, entre autres, des relations sexuelles entre hommes] ou Clip [un film serbe sur la sexualité d’une adolescente] parce qu’il n’avait pas le temps. S’il n’a pas le temps, il n’y a pas de recours. C’est une association, un homme qui conduit à débattre sur la classification », indiquait Christophe Triollet, auteur d’un livre sur Le Contrôle cinématographique en France, en décembre à 20 Minutes.

Contre quoi se bat l’association ?

Tel que son avocat l’a expliqué à Premiere, Promouvoir veut « défendre la dignité de la personne humaine et protéger les mineurs, à travers la « promotion des valeurs judéo-chrétiennes ». Son ennemi ? La sexualité et la violence au cinéma, « destructrices » pour les plus jeunes. Son objectif ? Instaurer un système de classification des films beaucoup plus sévère qu’il ne l’est actuellement, une des raisons pour laquelle l’association est régulièrement en guerre contre la commission de classification du CNC. « La commission ne sanctionne rien. Elle prend des décisions contraires au bon sens et à la loi », a expliqué André Bonnet, comme le rapporte L’Express.

Le film « Love » de Gaspar Noé interdit aux moins de 18 ans

A quels films s’est-elle attaquée ?

Antichrist n’est pas le premier souffre-douleur de Promouvoir. En décembre, l’association est parvenue à faire annuler le visa d’exploitation de La Vie d’Adèle. Quelques mois plus tôt, elle a réussi à faire interdire aux moins de 18 ans Love de Gaspar Noé, film au départ simplement interdit aux moins de 16 ans. Mais elle a également eu raison de Saw 3D, film d’horreur-gore sorti en 2010, interdit par le ministère de la Culture aux moins de 16 ans. Après avoir vu ses demandes d’annulation du visa d’exploitation rejetées par le Tribunal administratif de Paris, puis par la Cour d’appel, Promouvoir s’est alors tournée vers le Conseil d’Etat, qui lui a finalement donné raison et a interdit le film aux mineurs.

VIDEO. L’interdiction de « Saw3D » aux mineurs fait peur au cinéma d’horreur

Mais ses victimes ne s’arrêtent pas là, citons notamment Nymphomaniac de Lars von Trier (2013), Ken Park de Larry Clark (2002), ou encore Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi (1999), radicalement retiré des cinémas français. Et Pirates des Caraïbes pourrait également se méfier. Toujours dans la même interview accordée à Premiere, selon André Bonnet, « certains enfants (6-9 ans) ont été gravement choqués par la séquence de morts vivants du premier Pirates des Caraïbes, classé tous publics ». Ames sensibles, Promouvoir est là pour vous protéger du pouvoir diabolique du cinéma.

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