Pierre-André Senizergues, un Français expatrié aux Etats-Unis, s’est retrouvé producteur du documentaire de Leonardo Di Caprio, «The 11th hour», qui tire la sonnette d’alarme sur l’état de la planète. Interview.

Pourquoi ce titre, «The 11th hour»?

La 11e heure signifie que nous sommes dans le dernier virage. Parce qu’étant donnée l’urgence environnementale, il ne reste plus qu’une heure avant minuit pour changer les choses. Notre génération a quand même de la chance car elle est face à une opportunité, celle de changer la destinée de l’humanité. Si nous parvenons à tous nous mobiliser pour cette cause, nous parviendrons, d’ici 50 ans, à dépasser le «challenge» de la pollution.

Un challenge difficile à relever, non? Ne craignez-vous pas que «The 11th hour» soit un pavé dans la mare?

Le pouvoir est dans les mains des gens et ce sont ces gens qui pourront faire bouger les gouvernements et les entreprises. La population mondiale a doublé en moins de 50 ans et cela va continuer. Cela a un impact phénoménal sur la planète. Nous serons bientôt neuf millions d’êtres humains et nous pouvons tous faire des choses assez simples pour l’environnement. Si vos pneus de voiture sont correctement gonflés, vous économisez 3% de combustible par an. Or cela ne coûte rien d’avoir les pneus gonflés. Regardez aussi dans les villes, en haut des immeubles, toutes ces terrasses inoccupées. Nous pourrions y créer des espaces verts, de façon à ce que, du ciel, nous puissions voir des forêts au lieu de voir des toits. C’est possible, cela ferait revenir les oiseaux en milieu urbain, mais pour cela, il faudrait changer la façon de penser la construction.

Comment vous, un Français travaillant aux Etats-Unis et sans lien apparent avec le cinéma, vous êtes-vous retrouvé à financer 1/3 de «The 11th hour»?

Etant moi-même président de Sole Technology, une entreprise américaine qui conçoit des produits verts (chaussures sans pétrole, murs en bois recyclé, fenêtres économisant de l’électricité), la directrice du film avait voulu m’interviewer il y a deux ans. Au fur et à mesure, l’équipe du film a compris que je pouvais les aider à financer le projet. Je leur ai alors répondu: «je veux bien mais avant, je veux être sûr que Leonardo Di Caprio est authentique dans son engagement pour la préservation de l’environnement.»

Et comment vous êtes-vous assuré de l'authenticité de Leonardo Di Caprio?

J’ai demandé à l'interviewer à mon tour. Nous avons parlé pendant une heure au téléphone, alors qu’il était en tournage en Afrique pour son film «Blood Diamond». Là, j’ai vu qu’il était sérieux. En fait, il avait déjà essayé de monter des projets pour défendre la cause environnementale, mais il s’était heurté à des financiers frileux, des chaînes de télévision américaines tenues par des intérêts économiques, qui voulaient diminuer l’impact du message.
La seule façon de faire ce film était de le produire de façon indépendante, sans les grands studios. A ce moment-là, j’ai compris pourquoi il s’adressait à moi. Pour qu’on le laisse réaliser un film percutant, il avait besoin de s’associer avec une nouvelle génération d’entrepreneurs, une génération qui puisse lui apporter du changement.
Leonardo Di Caprio n’est pas un acteur comme les autres. Ce n’est pas une question de chance s’il en est là aujourd’hui. Il a travaillé dur, je l’ai compris en le voyant à l’œuvre. J’ai financé une partie du film parce que je pense qu’il va faire la différence au niveau de l’environnement.

Les films de Michael Moore, le documentaire d’Al Gore, l’engagement d’Angelina Jolie et Brad Pitt à La Nouvelle Orléans et, aujourd’hui, «The 11th hour»: toutes ces personnalités s’impliquent dans un cinéma, sinon militant, du moins engagé. Qu’en pensez-vous?

Le monde du cinéma a pris conscience que nous étions dans une nouvelle ère écologique. Il y a une pression, positive, entre les acteurs américains. Il ne leur suffit plus d’être acteur aujourd’hui. C’est pourquoi ils s’engagent.

«The 11th hour» est-il un message au président des Etats-Unis?

Oui, c’est clair. D’ailleurs, Georges W. Bush est dans le film. Nous nous adressons aux pays les plus pollueurs du monde, à savoir les Etats-Unis et la Chine, car notre priorité, c’est de travailler avec eux.

    

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