Jenny Slate dans Obvious Child
Jenny Slate dans Obvious Child - Chris Teague/Paradis films

Obvious Child pourrait être une comédie sentimentale comme il en sort des pelletées chaque année. Ce premier long-métrage de Gillian Robespierre est l’une des bonnes surprises de la rentrée. La grossesse inattendue d’une New-yorkaise paumée débouche sur un film tonique fleurant bon l’air du temps plutôt que la guimauve aseptisée. On a craqué pour cette histoire de femme…

Le pouvoir du choix

Donna a presque trente ans. Tombée enceinte après une aventure sans lendemain, cette comique -qui tente de percer sur les scènes de Broadway- est paniquée. Le pitch fait évidemment penser à Juno (Jason Reitman, 2007) et à En cloque: mode d’emploi (Judd Apatow, 2007). Le choix de Donna sera cependant différent de celui de l’adolescente campée par Ellen Page et de la célibattante incarnée par Katherine Heigl, qui décident de garder leur bébé coûte que coûte. Donna avorte, une décision d’une femme moderne capable d’assumer son choix.

Du court au long

L’aventure d’Obvious Child a commencé par un court-métrage réalisé par Gillian Robespierre en 2009. Le passage au long lui a permis de développer le personnage de Donna, comédienne grande gueule qui compose entre une carrière au point mort et une vie sentimentale chaotique. C’est en s’appuyant sur la performance de Jenny Slate, transfuge de l’émission satirique «Saturday Night Live» vue dans la série «Parks and Recreation» que la réalisatrice a donné naissance à ces deux projets. Elle avait repéré la comédienne lors de son one woman show.

Trop libertaire pour l’Amérique

Les deux femmes n’y vont pas avec le dos de la cuillère pour délivrer un message résolument féministe et «pro choice», soutenant le droit à l’avortement. Si tous les gags ne sont d’une subtilité échevelée, le fait de montrer une jeune femme sûre de ses envies et pratiquant une IVG de façon décomplexée pousse au respect. Cette prise de position n’a pas été du goût de tout le monde dans l’Amérique puritaine. Certaines chaînes de télévision, dont le très conservatrice NBC, ont même banni la bande-annonce du film de leur antenne.

L’indépendance a encore un sens

Ce petit film tourné en à peine dix-huit jours prouve que le cinéma indépendant américain a encore de beaux jours devant lui. Il ose aborder de front des sujets polémiques et présenter des femmes libres de leurs choix. Gillian Robespierre et Jenny Slate sont des filles remarquables dont on a envie de suivre l’évolution de près. Leur collaboration ne saurait s’arrêter à ce prometteur Obvious Child, pavé dans la mare du politiquement correct trop souvent défendu par des comédies cachant leur côté bien-pensant sous une insolence de façade.

Mots-clés :