Jean Epstein
Jean Epstein - Cinémathèque française
Stéphane Leblanc

Poète, cinéaste, philosophe, Jean Epstein (1897-1953) laisse une œuvre aussi considérable que méconnue. Dandy mondain du Paris des années Folles, ce contemporain d’Abel Gance et de Marcel Lherbier a pourtant réalisé de grands films populaires (Le Lion des Mogols ou Les Aventures de Robert Macaire) et d’excellents films d’auteurs teintés de fantastique (La Glace à trois faces, La Chute de la maison Usher).

Ce drame époustouflant, tiré d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe, ressort ce mercredi en salle, accompagné du Tempestaire (1947), fable poétique tournée dans des décors sauvages en Bretagne. Simultanément, Potemkine réédite 14 de ses films, restaurés par la Cinémathèque, en trois coffrets DVD.

De vrais gens dans de vrais décors

«Je connaissais son nom, mais j’ai découvert ses films par hasard récemment, explique Bruno Dumont dans l’un des suppléments du coffret «Poèmes Bretons». J’ai été stupéfait de voir que ses derniers films, comme L’Or des mers, tournés en Bretagne avec des acteurs non professionnels, étaient assez proches de ce que je fais. Bien avant Bresson ou Pialat, il a su s’arracher du théâtre pour faire tourner des vraies gens dans de vrais décors et à faire venir l’invisible dans ses films.»

Chargée de la restauration des films pour la Cinémathèque, Emilie Cauquy compare de son côté Jean Epstein à David Lynch. «Pas seulement pour la ressemblance physique, mais pour la façon de produire du surnaturel par un simple ralenti ou l’inversion du sens de l’image». De tordre la réalité et de jouer avec les images familières pour les rendre inquiétantes et fascinantes.