Vincent Perez: «J'ai gommé mes tics d'acteur»

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Publié le 19 mai 2009.

INTERVIEW - L'acteur joue dans «Demain dès l'aube», présenté à Cannes en sélection officielle mais hors compétition...

Le film «Demain dès l’aube» commence par une scène de duel à l’époque napoléonienne. Et se poursuit dans un appartement d’aujourd’hui. Pourtant, ce n’est pas un flash-back. Denis Dercourt met en scène deux frères (joués par Vincent Perez et Jérémie Rénier) pris dans un jeu de rôle qui s’immisce dans leur vie quotidienne.

Dans ce film, vous incarnez un pianiste qui manie l’épée pour se défendre dans un jeu de rôle géant. Vous avez appris en cours de route, et le piano et l’escrime?

Je n’avais jamais fait de piano de ma vie, j’ai pris pendant six mois des leçons de piano, à raison de deux ou trois heures par jour. C’était une montagne à gravir pour moi. Mais j’espère que l’on se dit que j’ai vraiment l’air d’un pianiste à l’écran. Quant à l’escrime, j’en ai davantage l’habitude pour avoir joué des duels à l’épée dans d’autres films avant celui-ci. Sauf qu’ici, il fallait que je fasse comme si je ne savais pas me battre.

Votre personnage se fait embrigader dans un jeu de rôle où les joueurs y croient dur comme fer… Il y a des «passionnés» dans la vraie vie pour les reconstitutions, non?

Oui. D’ailleurs, les figurants que l’on a pris pour le film sont de vrais «reconstitueurs». Quand on était en train de tourner les scènes dans la forêt, ils venaient sur le plateau rangés comme à l’armée. Ils étaient tout le temps dans le jeu et ne s’arrêtaient jamais, même entre les prises. La nuit, ils voulaient bivouaquer dans le campement, pour continuer la reconstitution. La production n’a pas voulu. Dans le film, ce monde du jeu de rôle est vu comme une secte.

On dirait que ce film a été un déclic pour vous…

Oui, car j’ai traversé une période de crise pendant plusieurs années. Il me fallait me réinventer, réinventer mon jeu d’acteur, repartir de zéro, gommer mes tics… Mais c’est ma petite salade, ça. Cela n’intéresse pas forcément…

Si si. Quels tics aviez-vous?

Les acteurs ne sont pas toujours bien dirigés. Souvent livré à moi-même, j’ai pris des habitudes pour me rassurer, ce qui empêche l’émotion de sortir. J’avais besoin d’une rencontre avec un metteur en scène pour changer tout ça. C’est arrivé, enfin, avec Denis Dercourt. Il me disait toujours sur le tournage «là tu ne fais rien, c’est la caméra qui fait». Mais ne rien faire, c’est compliqué aussi, car ça veut dire ne pas montrer son monde intérieur. D’ailleurs, je me suis fait coacher pour rentrer dans ce rôle. Celui d’un homme qui est bloqué dans sa vie, qui n’avance plus, ne recule plus: sa femme se barre, il s’éloigne de son enfant, sa mère est malade, et il retourne vivre dans la maison de son enfance.

 

 

Recueilli par Alice Antheaume, à Cannes
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