CANNES - Tendance aux scènes d'amour entre hommes, pour cette édition…
C’est nous ou il y a beaucoup de scènes homosexuelles dans les films présentés à Cannes? Baiser goulu entre hommes dans «Taking Woodstock» d’Ang Lee; couple d’amants officieux dans «Nuit d’ivresse printanière» de Lou Ye; deal d’une pipe contre une barre de shit entre deux détenus dans «Un prophète» de Jacques Audiard… Quant à «Eyes wide open», de Haim Tabakman, sélectionné pour la section «Un certain regard», il est présenté comme le «Brokeback Mountain» israélien - l’histoire d’Aaron, père de famille, qui tombe fou amoureux d’un étudiant.
«Pour le film d’Audiard, l’homosexualité n’est pas le thème principal, mais fait partie de l’univers carcéral qu’il dépeint, tempère le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako. C’est une façon de parler de la liberté et de ses privations.»
Selon Virginie Ledoyen, qui joue dans un film de Robert Guédiguian hors compétition, rien d’étonnant à ce que le cinéma évoque ainsi l’homosexualité. «C’est une composante du monde», dit-elle. Mais pas partout, puisqu’en Chine, «Nuits d’ivresse printanière» y est interdit. «Il y a encore des gens que cela peut choquer, reprend l’actrice, mais cela fait longtemps que le cinéma français en parle. Souvenez-vous de "L’Homme blessé"», un film de Patrice Chéreau sorti en 1983, qui racontait la trajectoire d’un ado devenu gigolo pour plaire à un homme plus âgé que lui.
Un sujet qui n’est pas encore universel
Si, en France, ces images passent, quoique souvent assorties d’une interdiction pour les moins de 12 ou 16 ans, elles pourraient «déranger en Afrique», estime Abderrahmane Sissako qui précise qu’il ne «s’interdit rien pour parler de l’être. Même si la société africaine a une grande pudeur à sortir au grand jour certaines choses.»
Quatre ans après «Le Secret de Brokeback Mountain» (trois Oscars), quelques mois après «Harvey Milk» (deux Oscars), les hommes qui aiment (ou couchent avec) des hommes sont revenus dans le vent au festival de Cannes 2009. Et pas uniquement dans la sélection officielle. C’est également le cas à la Quinzaine des réalisateurs, où est présenté «I love you Philip Morris», dans lequel Jim Carrey incarne un escroc gay et amoureux d’un personnage joué par Ewan McGregor.
Toujours à la Quinzaine, dans un genre plus barré, il y a encore «Le Roi de l’évasion», d’Alain Guiraudie, un film où les personnages sont 100% homo. «Dans mes films, j'admets que la proportion d'homosexuels est énorme par rapport à la réalité», explique Guiraudie.
«Certains cinéastes font leur coming out ainsi», entend-on dans les rangs du Palais des festivals. D’autres se servent de ces scènes pour montrer l’humain dans sa diversité. Et raconter des histoires d’amour tiraillées, quel que soit le sexe de ceux qui les vivent. «Rendre compte de l’état des êtres et des choses, c’est quand même le but du cinéma», conclut un festivalier.
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