INTERVIEW EXCLUSIVE – Christine Albanel, la ministre de la Culture, revient sur l’état du cinéma français…
C’est la tradition qui le veut: chaque ministre de la Culture «descend» à Cannes pendant le Festival. Christine Albanel ne déroge pas à la règle, même si elle a été quelque peu chahutée ce lundi lors de la conférence de presse donnée pour la Journée de l’Europe. Interviewée par 20minutes.fr dans les salons de l’hôtel Majestic, la ministre revient sur l’état du cinéma en France, sur le cinéma hexagonal et sur le rôle du Festival de Cannes.
Le Festival de Cannes, bien que financé par le CNC et le ministère, a retenu cette année un plus grand nombre de films américains que de films français dans sa sélection officielle...
La sélection française peut être plus ou moins dense. Je n’ai pas le sentiment d’un déséquilibre. Le festival de Cannes n’est pas là pour soutenir uniquement les films français, il se veut une caisse de résonance du cinéma mondial avec la découverte de nouveaux cinéastes qui commencent leur carrière à Cannes, comme Christian Munghiu, qui a reçu la palme d’or l’année dernière. Qui le connaissait avant cela?
Comment faire pour que le cinéma français s’exporte mieux?
C’est un enjeu très important car le cinéma français à l’export représente 200 millions d’euros de chiffre d’affaires. Si la France accueille beaucoup de films étrangers, ce n’est pas vrai des tous les autres pays, dont certains ne sont pas si accueillants. Quand les Etats-Unis interdisent «Les Choristes» au moins de 12 ans, c’est une mesure d’entrave. Pour être plus performant à l’export, il faut renforcer les moyens d’
Unifrance, qui promeut le cinéma français dans le monde, en espérant doubler, ou s’en approcher, le nombre de films sur le marché étranger dans les deux ans qui viennent.
Comment faire en sorte que la France soit un lieu de tournage privilégié pour les cinéastes étrangers?
Il y a une concurrence acharnée entre les villes européennes. En 2003, ça marchait très bien d’ailleurs, avec notamment le tournage de «Marie-Antoinette» à Versailles et du «Da Vinci Code» au Louvre. Mais depuis, on s’aperçoit que d’autres pays européens comme l’Angleterre ont sorti des systèmes de crédits d’impôts qui ont attiré les grands films étrangers. Sachant qu’un grand film étranger dépense en moyenne cinq fois plus qu’un film français, c’est très intéressant pour nous, économiquement, de les avoir.
D’où l’idée de faire un crédit d’impôt, qui irait jusqu’à 20% des dépenses techniques pour les films étrangers en tournage en France. Le but? Que l’on récupère les films partis en Angleterre. Mais on ne va soutenir n’importe quoi de manière aveugle: le crédit ne sera donné qu’à condition que ces grands films servent notre image.
Sur quels critères allez-vous décider qu’un film étranger sert ou pas l’image de la France?
Il y aura une commission du CNC pour l’établir.
Pourquoi le Club des 13, qui veut améliorer l'état du cinéma français, a-t-il reporté à juin le rapport d’étape qu’il devait initialement rendre cette semaine à Cannes?
Je ne sais pas. Mais le rapport rendu par le Club des 13, fruit d’un long travail, est déjà assez complet.
J'ai demandé au CNC d’étudier les propositions et certaines vont dans le sens ce que l’on veut faire: soutenir les films du «milieu», ceux qui n’ont ni un énorme ni un minuscule budget, et essayer de tout faire pour que nos films s’exportent mieux. C’est aussi notre but. Tout cela est à l’étude et va donner lieu à des mesures et probablement à une loi.
Que pensez-vous de la tournure politique de ce Festival de Cannes?
C’est vrai que
Sean Penn a fait, dès le début du Festival, des déclarations fortes sur la politique internationale. Mais pour l’instant, rien n’indique que cela va influencer le jugement de l’ensemble des membres du jury qui est quand même composé de personnalités très différentes.
J’ai vu
«Blindness» de Fernando Meirelles, qui est une métaphore certes politique mais surtout philosophique. Et aussi «Gomorra», qui montre tous les rouages d’une société absolument gangrenée alors même qu’il n’y a pas de référent extérieur, pas de police, pas d’autorité extérieure. Est-ce que c’est un film politique? Oui, en ce sens qu’il montre la dégradation d’un processus social. Mais avec le
Woody Allen et
Indiana Jones, il y a aussi toute la part du plaisir et du divertissement qui est présente à Cannes.
Recueilli par Alice Antheaume