Où sont passées les paillettes?

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Publié le 17 mai 2008.

TENDANCE - Guerre du Liban, prisons, massacres... la tonalité des films présentés cette année montre la face noire de notre planète...

Les massacres de Sabra et Chatila à Beyrouth dans «Valse avec Bachir», les aveugles parqués dans un camp insalubre dans «Blindness», la naissance d’un bébé dans une prison argentine («Leonera»): les sujets des films présentés au Festival de Cannes dépeignent la misère du monde. Un ton grave qui dénote avec l’ambiance festive de l’édition précédente, qui sacrait à chaque coin de Croisette les 60 ans du Festival.

«Certains critiquent le durcissement des films mais c’est juste le reflet de ce que les gens vivent», souligne Bertrand Bonello, réalisateur de «De la guerre», un film avec Asia Argento et Mathieu Amalric qui, comme son nom ne l’indique pas, n’est pas un film de guerre, au sens premier du terme. «Ce titre, «De la Guerre», c’est pour montrer que le plaisir est une guerre et qu’il faut devenir un guerrier pour l’obtenir», explique le réalisateur.



Pablo Trapero, qui a réalisé «Leonera» («cage aux lions» en français) en faisant appel à des comédiens professionnels et amateurs, dont des détenues d’une prison de Buenos Aires et du personnel de surveillance, brandit un message politique: «Mon film propose une réflexion sur les moyens de faire vivre les enfants dans de meilleures conditions que leur mère incarcérée».

Sujets graves et message politique: les deux mamelles de l’édition cannoise 2008?
Même Augustin Legrand, de l’association «Les Enfants de Don Quichotte», le dit : «Cannes est un thermomètre de ce qui se passe dans le monde». Le jeune et grand homme a débarqué sur la Croisette pour parler — et faire parler — de son documentaire sur l’histoire des campements du Canal Saint Martin. Un film présenté dans le cadre de la Semaine de la Critique dont la thématique, cette année, est «Cinéma et politique». Pour Legrand, «Les Enfants de Don Quichotte acte 1» doit servir de détonateur. Il rappelle ce que «Borloo dit lui-même: pour que les dossiers avancent, il faut que les Français gueulent. Alors on espère qu’avec ce documentaire, les spectateurs auront envie de rejoindre notre combat pour le droit au logement.»

La politique influence le cinéma et vice et versa. La situation critique au Liban trouve encore un nouvel écho dans «Je veux voir», réalisé par Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, un film fait sur fond de guerre civile au Liban. Que la réalité et l’actualité a rejoint. Quel chemin de croix pour l’équipe du film et l’acteur principal, Rabih Mroué. Pour venir Cannes, il a dû passer par Chypre en bateau. «Je me sentais prisonnier de mon propre pays, a-t-il confié. Et sur la Croisette aussi, la fiction vient réfléchir sur les événements. «Tout comme la situation actuelle au Liban, Cannes me paraît irréel.»

Riches et belles: le sas de décompression
Dans un tel contexte, les films plus légers récoltent un succès décuplé par le besoin d’oxygène des festivaliers. Ainsi, des tonnerres d’applaudissement ont salué samedi le dernier film de Woody Allen avec Penelope Cruz, Javier Bardem et Scarlett Johansson. Une histoire de conflits amoureux entre riches qui vivent dans des maisons de Barcelone où l’on rêverait tous d’habiter.



«J’aimerais bien filmer la joie, faire un joli film, mais je ne peux pas, conclut Bertrand Bonello. Cela demande une forme de plénitude que je n’ai pas.»
décryptage
Alice Antheaume, à Cannes
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