Joann Sfar: «Cannes est un festival féodal»

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Publié le 7 mai 2008.

INTERVIEW - Le dessinateur et scénariste de BD a eu libre accès aux coulisses du Festival de Cannes...

L'année dernière, Joann Sfar, l'auteur de BD, a eu libre accès aux coulisses du Festival de Cannes. Interview du dessinateur.

Avez-vous eu conscience d’être un privilégié avec votre carte « tous accès »?
C’était la première fois que j’allais à Cannes, alors je ne m’en serais probablement pas rendu compte si je n’y avais pas été avec mon copain Eric Libiot [journaliste cinéma à L’Express]. Quand il m’a dit qu’il venait depuis vingt ans et qu’il n’avait toujours pas accès à tout, j’ai réalisé la confiance qui m’avait été accordée.

D’ailleurs, les seuls qui avaient le même sésame que moi étaient Gilles Jacob, ses proches collaborateurs et les responsables de la sécurité du festival ! Je pouvais circuler librement « back-stage », des cuisines aux coulisses des cérémonies officielles. Et même si je me sentais parfaitement ordinaire, je voyais que ce que j’avais au revers du veston était très convoité…

Au point de susciter des jalousies?
Fatalement ! Et essentiellement de la part des professionnels, parce que le festival est une sorte de monarchie où tout est hiérarchisé : des gens ont le droit d’entrer dans des soirées, mais pas celui de s’asseoir à table, d’autres doivent attendre dehors… Même parmi les journalistes, il y a cinq ou six degrés différents. J’ai bien senti que ça créait des ressentiments. J’ai observé tout ça avec un regard ironique, parce que même si tout le monde s’y revendique de gauche, Cannes est certainement le festival le plus féodal du monde.

Avez-vous profité à plein de votre privilège?

Peut-être pas du point de vue d’un vrai fan de cinéma. J’étais là pour farfouiller, même si je ne cherchais pas à percer des secrets, en tout cas pas ceux pour lesquels des journalistes de cinéma s’entretueraient [rires]. Et pour m’ennuyer, aussi, parce que j’aime bien les lieux où l’on s’ennuie. Il y a des fêtes qui ont l’air extraordinaires vues de l’extérieur, et qui se révèlent sans intérêt une fois qu’on y est.

Avez-vous pu rencontrer le public?
Oui, j’ai pas mal arpenté ces trottoirs sur lesquels les gens installent des chaises longues, des escabeaux, etc. Mais comme le propos de ce carnet (Croisette, de Joann Sfar, éd. Delcourt., ndlr), c’était de lâcher un Monsieur-Tout-le-monde – en l’occurrence moi – dans le monde du cinéma, je ne suis pas trop allé vers les spectateurs qui attendaient de voir George Clooney ou Sharon Stone ; simplement parce que j’étais comme eux. Moi, souvent, tu me présentes une star et je ne sais pas qui c’est [rires]. Mais, j’ai été surpris de constater que de nombreux journalistes étaient aussi midinettes que les gens qui attendaient sur le trottoir. Je pensais qu’au bout de vingt ans, ils seraient blasés, mais pas du tout, et j’ai trouvé ça hypermignon.

Le festival vous a-t-il paru assez ouvert aux non-professionnels?
Je ne sais pas. Le public peut voir les films, il n’a juste pas accès aux fêtes et aux cérémonies. Est-ce qu’il n’est pas préférable de laisser croire aux gens qu’il se passe des choses merveilleuses derrière de lourdes portes gardées par des cerbères, quand il ne s’y passe rien de bien folichon [rires]?
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Recueilli par Olivier Mimran
A lire: Croisette, de Joann Sfar, éd. Delcourt.
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