Elodie (Lucie Desclozeaux) et Julie (Christa Theret) ont 15 ans et n’ont pas encore «couché». Elles font le pari de passer à la casserole d’ici 15 jours. Avec qui? Cela reste à voir. Dans son film «Et toi, t’es sur qui?», Lola Doillon, 32 ans, évoque les premières fois des adolescents. Un long-métrage touchant et efficace, sélectionné au festival de Cannes dans la section Un Certain Regard. Interview de la réalisatrice.
Je voulais rester dans le monde des adolescents, être au plus près d’eux. Ce titre est le leur, je leur ai volé l’une de leurs expressions.
«L’Esquive» est un film social, basé sur un langage de banlieue. «Et toi, t’es sur qui?» est un film sur les adolescents d’aujourd’hui, quelque soit leur milieu, banlieusards ou pas. Certains spectateurs vont sans doute être largués par ce langage de jeunes mais c’est comme un accent, on s’y habitue. Je n’ai pas réalisé mon film pour faire plaisir à un public de 7 à 77 ans, je ne voulais pas que mes personnages parlent comme des adultes, bien poliment, même si cela aurait aidé à mieux comprendre les dialogues.
On ne peut pas les comparer. Il n’y a pas qu’une façon de parler des adolescents. Quand on voit toutes les relations entre adultes qui font l’objet de films, on ne se pose pas la question. Pour les ados, c’est pareil: il y a autant d’histoires d’amour entre les adolescents qu’entre les adultes.
C’est volontaire. Les parents existent, les personnages vivent chez eux, mais en même temps, les ados vivent leurs histoires tellement intensément qu’ils sont dans leur bulle. Intérieurement, ils ont viré leurs parents. Par ailleurs, je ne voulais pas avoir un regard adulte sur eux, je voulais à tout pris éviter la confrontation enfants/parents.
Dans «Et toi, t’es sur qui?», vos personnages fonctionnent en quatuor. Deux filles, deux garçons. Mais globalement, les filles ont des propos beaucoup trash que les garçons. Qu’en pensez-vous?
Vers 15 ans, les filles sont à un âge où elles se parlent beaucoup entre elles, à la fois de sexualité et de sentiments. Quant aux garçons, ils sont plus pudiques, malgré leurs blagues graveleuses voire obscènes.