Alain Juppé dans son bureau à la mairie de Bordeaux le 28 juin 2012
Alain Juppé dans son bureau à la mairie de Bordeaux le 28 juin 2012 - S.ORTOLA/20MINUTES

Mickaël Bosredon et Elsa Provenzano

Après la série de noyades à Bordeaux en raison de la suralcoolisation, pensez-vous qu’il faudra repenser la manifestation Bordeaux fête le vin, organisée sur les bords de la Garonne où il est désormais interdit de consommer de l’alcool?

Je ne pense pas. Personne ne l’a demandé d’ailleurs, à part quelques voix extrêmement minoritaires. D’abord il ne s’agit pas de faire boire de l’alcool durant la Fête du vin, il s’agit d’apprendre à déguster du vin, ce n’est pas du tout la même chose. Tous les accidents qui se produisent, et l’hyper-alcoolisation des jeunes, sont le fruit de la consommation d’alcools durs, qui n’ont rien à voir avec le vin. Bordeaux ne va pas renoncer à ce qui se fait sa culture, c’est-à-dire la viticulture et le vin, parce que certains tombent dans l’excès.

La situation va-t-elle se durcir concernant les épiceries de nuit vendant de l'alcool et qui ne respectent pas les règles?

Bien sûr. Elle s'est déjà durcie, puisque l’une des sources de l’alcoolisation des jeunes est due aux mauvaises pratiques de certains magasins où les jeunes vont s’approvisionner en canettes de bière, ou bouteilles de vodka. Depuis longtemps la vente d’alcool est interdite à partir de 22h, et j’ai demandé à la police nationale de tout faire pour que cette interdiction soit respectée. La question de savoir s’il faut coupler à cela la fermeture pure et simple de tous les établissements à 22h se pose. Le préfet a pris pour une période transitoire un arrêté sur l’ensemble de Bordeaux. Cela mérite que l’on réfléchisse au terme de cette période d’expérimentation, parce que la situation d’un petit épicier de Caudéran ou de Saint-Augustin, n’est pas là même que celle des épiceries entourant la Place de la Victoire ou les quais. Il faudra sans doute ajuster cette interdiction en fonction du niveau de risque.

Mais les jeunes peuvent continuer à consommer de l’alcool dans les bars jusqu’à deux heures du matin…

Les bars ont une Licence, c’est tout à fait différent. Je sais que certains épiciers voudraient vendre de l’alcool comme dans les bars, mais il ne faut pas tout mélanger. Nous avons des accords avec les bars pour qu’ils s’engagent à faire des actions de prévention, et sensibilisent les jeunes.

Vous avez récemment lancé un appel à idées pour le devenir du stade Chaban-Delmas. Ne craignez-vous qu’il soit difficile de lui trouver une vocation autre que sportive?

Nous avons besoin d’un nouveau stade moderne, comme toutes les grandes villes. Le problème de Chaban-Delmas c’est son devenir. L’Union Bordeaux-Bègles ne souhaite pas s’y installer, même si j’y serais tout à fait favorable, c’est la raison pour laquelle j’ai lancé cet appel à idées. L’objectif est de conserver un certain nombre d’équipements sportifs, et les tribunes, en leur trouvant éventuellement une nouvelle fonction, comme cela a été fait au stade d’Arsenal à Londres. On va voir maintenant ce qui sort de cet appel à idées, mais je suis confiant, nous trouverons une solution.

Le grenelle des mobilités va bientôt rendre ses conclusions. Certains acteurs seraient favorables à la création d’une autorité organisatrice des transports à l’échelle de l’agglomération. Qu’en pensez-vous?

L’objectif serait plutôt une coordination des autorités existantes, que la création d’une nouvelle instance. Mais c’est un débat qu’il faudra avoir avec les différentes parties prenantes. Ce travail est intéressant, même si j’ai relevé deux ou trois lacunes. On n’y aborde pas assez le problème du stationnement, directement lié à celui de la circulation dans les cœurs de ville. Je souhaiterais aussi que l’on approfondisse la question du développement du trafic des poids-lourds de transit dans l’agglomération. Ne faut-il pas aller plus loin, dans l’anticipation d’une voie dédiée au seul transport des poids-lourds de transit national et international ? Il va s’accroître ces prochaines années, or, quand on voit l’incapacité de la SNCF à absorber ce transit, il faudra bien trouver une solution. Enfin, je souhaiterais que l’on complète ce travail par un premier programme opérationnel. Il y a par exemple eu l’idée du développement du vélo électrique. Est-ce quelque chose que l’on peut mettre en œuvre assez rapidement? C’est une première étape qui mérite d’être approfondie.

Sur la question de la mobilité électrique, une borne de rechargement a été installée près de la maison éco-citoyenne. Y’a-t-il un plan de déploiement prévu sur la ville?

Effectivement, nous avons installé à titre expérimental et en partenariat avec Nissan, 2 bornes de rechargement électrique à côté de la maison éco-citoyenne sur les quais. En supplément, nous lançons un appel d’offre pour doter la ville de Bordeaux d’une dizaine de stations de rechargement à partir de maintenant et jusqu’en 2014.

Le préfet a relancé au début de l’année l’idée d’une liaison directe entre Bordeaux et l’aéroport de Mérignac. La soutenez-vous?

Cela fait des années que je réclame cette liaison. Cela me paraît absolument indispensable. Je réclame depuis longtemps la continuation de la ligne A du tram jusqu’à l’aéroport. Il y a moins de 2km à faire cela me paraît tout à fait possible. L’autre hypothèse c’est l’activation de la ligne de chemin de fer de ceinture, qui pourrait permettre d’avoir une liaison plus directe. J’ai vu que l’on étudiait aussi la possibilité d’un bus à haut niveau de service. Encore faudrait-il que la voirie soit adaptée pour que ce bus ne soit pas pris dans les embouteillages.

Comment voyez-vous votre engagement sur la scène politique nationale?

Je suis d’abord totalement engagé sur la scène politique bordelaise. C’est cela ma priorité aujourd’hui. Mais je prendrai la parole chaque fois que j’estimerai utile de le faire, chaque fois que j’aurai quelque chose à dire. On verra après comment cela se concrétise précisément, quel rôle je peux jouer éventuellement à l’UMP. Mais je ne suis pas inquiet sur ma capacité d’expression.

A la suite du résultat des dernières élections législatives, il n’y a plus de député de droite à Bordeaux. Est-ce que vous ne vous sentez pas un peu seul désormais?

Oui bien sûr. Mais je ne m’en porte pas plus mal. J’ai fait mon travail. Après, si le gouvernement conçoit sa tâche comme pénalisant les villes n’appartenant pas au parti socialiste, cela va être compliqué, mais je n’imagine pas que ce soit dans son programme. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la visite de Manuel Valls qui est venu à Bordeaux samedi à mon invitation, et qui a répondu favorablement à mes demandes, notamment en ce qui concerne la vidéo-protection.

Les résultats de la présidentielle et des législatives à Bordeaux vous inquiètent-ils?

Il y a toujours eu dans notre ville un très grand décalage entre les votes nationaux et locaux. Je vous rappelle qu’en 2007 déjà Ségolène Royal était largement majoritaire à Bordeaux, j’ai été battu de peu aux élections législatives, et l’année suivante je faisais 57% aux municipales. Ca me laisse beaucoup d’espoir. Les bordelais jugent leur maire en fonction du travail accompli, et non pas sur des critères de politique nationale. J’ai une très bonne équipe autour de moi, qui est mobilisée pour se mettre en ordre de marche. Peut-être reverra-t-on les compétences des uns et des autres, mais cela viendra le moment venu. Je présenterai au mois de septembre un plan d’action pour les prochains mois, on en reparlera à ce moment là.

Votre adjointe Véronique Fayet (MoDem) a reconnu avoir voté François Hollande à la présidentielle. Qu’en avez-vous pensé?

J’ai toujours dit que je respectais les choix de chacun. Je regrette que certains aient basculé dans ce qui est de la part de François Bayrou une grave erreur politique. Mais je distingue bien la cohésion de mon équipe municipale, et les choix de politique nationaux qui peuvent être faits par tel ou tel. C’était son choix, je le regrette, mais Véronique Fayet m’a assuré de son soutien pour ce qui concerne la politique municipale, donc nous continuons.

Nicolas Florian a été propulsé sur le devant de la scène lors des législatives. Va-t-il continuer de s’investir à Bordeaux?

Oui. Je souhaite qu’il continue son implantation à Bordeaux. On verra sous quelle forme, et avec quelles responsabilités.

Pendant les législatives, vous avez refusé de soutenir Jean-Paul Garraud, candidat dans la dixième circonscription de la Gironde, en raison de ses positions sur le Front National. Il a été battu. Assumez-vous votre prise de position?

J’avais prévenu Jean-Paul Garraud que nous avions défini une ligne au bureau politique de l’UMP interdisant toute forme d’accord avec le Front National. Il a fait une première déclaration ambigüe, je le lui ai dit, il l’a rectifiée, puis la veille du jour où je devais aller le soutenir, il a fait une nouvelle déclaration, dans vos colonnes, qui a mon avis franchissait la ligne rouge. Dans ces conditions j’ai dit que n’irai pas le soutenir. Vous observerez qu’une bonne partie des candidats de l’UMP qui ont été ambigüs sur ce point, n’en ont pas tiré de bénéfice électoral. Donc je pense que c’est une erreur. Maintenant, je doute fort que ce soit mon absence à Libourne qui explique le résultat de l’élection.

Dans la perspective des futures municipales, que pensez-vous de votre supposé futur adversaire, Vincent Feltesse?

Je suis prêt à affronter tout adversaire quel qu’il soit, même un élu de Blanquefort, pourquoi pas?

 

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