Dépôt sauvage d'ordures, dans le centre-ville de Bordeaux
Dépôt sauvage d'ordures, dans le centre-ville de Bordeaux - S.ORTOLA/20MINUTES

Mickaël Bosredon

C’est peut-être l’ultime tentative pour régler le problème de la collecte des déchets dans l’hyper-centre de Bordeaux. Mécontentes de l’amoncellement d’ordures à même le sol, de bacs laissés sur les trottoirs, et de consignes de tri pas ou peu respectées, la mairie et la communauté urbaine ont décidé de jeter leurs dernières forces dans la bataille des ordures ménagères, qu’elles mènent depuis trois ans. Les brigades vertes de la mairie et l’Unité surveillance intervention déchets (Usid) de la CUB, sont lancée depuis mars à l’assaut des immeubles du centre, à la rencontre des habitants, et à la recherche de lieux où installer des bacs collectifs pour plusieurs immeubles. Jean-Louis David, ajoint au maire de Bordeaux chargé de la vie locale, révèle avoir «déjà identifier trois pieds d’immeubles équipés de locaux en mesure d’accueillir des bacs collectifs, rue de Léupold, de Mérignac, et de Magendie. Nous en cherchons d’autres.»

Des couloirs trop étroits dans les immeubles

Les agents multiplient de leur côté les opérations de porte à porte. «On discute avec les locataires, on analyse la situation pour voir quel type de problèmes ils rencontrent. On rappelle qu’il est obligatoire de rentrer les bacs, qu’ils soient individuels ou collectifs, sous peine d’amende» rappelle Bernard Danede, responsable de la cellule incivilités à la mairie. Selon lui, «un tiers des immeubles» du centre «posent problème.» Franck Bergès, agent à l’Usid, pointe du doigt «la mauvaise volonté» et «l’indifférence» de beaucoup de résidents. Pour y remédier, un système de traçage des bacs individuels, avec le numéro d’appartement inscrit dessus, est en cours d’installation pour retrouver plus facilement son propriétaire. Mais Franck Bergès reconnaît aussi que dans bien des cas, la configuration du centre-ville rend la tâche difficile. «Quand les immeubles sont équipés de bacs collectifs, les habitants ont du mal à leur trouver une place au milieu des vélos et poussettes déjà stockées dans les étroits couloirs typiques des vieux immeubles.

En plus, les restaurants du centre y entreposent souvent leurs propres poubelles, faute de place. Quand ils sont équipés de bacs individuels, on peut comprendre les habitants qui ne veulent pas les remonter jusqu’à chez eux, surtout quand ils habitent un studio au quatrième sans ascenseur... Alors bien souvent, ils ne veulent même pas entendre parler du deuxième bac pour le tri.»

Le turn-over des locataires ne facilite pas à faire passer le message

Vivien Cussac-Picot et Archibald Herdsmith, gestionnaires d’immeubles pour le compte du syndic Coste Immobilier, qui gère cent-soixante résidences dans le centre de Bordeaux, estiment à «70% la proportion de locataires» dans leurs immeubles, qui restent en place en moyenne « deux ans.» «Cela n’aide pas à faire passer un message responsable sur la gestion des ordures.» Or, «il suffit de deux ou trois personnes inciviques pour pourrir la situation.» La CUB et la mairie sont en train d’établir une charte de bonne conduite, qui sera distribuée à chaque nouvel arrivant. Reste à gérer un autre problème, le vol et la dégradation des bacs. «Le centre de Bordeaux est devenu très attractif en quelques années, rappelle Franck Bergès, et lorsque des groupes font la fête le soir, il y a aussi des incivilités.»

L’incivilité, c’est aussi les dépôts sauvages, nombreux dans le centre. Ce jeudi, rue Saint-Rémi, un tas d’ordures s’amoncelle devant l’entrée d’un immeuble, à même la rue. «Une locataire a déménagé la veille au soir, témoigne un voisin, et a laissé cela en cadeau...»

«Un cas de figure récurrent», assure Franck Bergès, agent à l’Usid. «Surtout lors des périodes de déménagement des étudiants, à la fin de l’année scolaire » constate l’adjoint au maire Jean-Louis David. «C’est pourquoi nous allons lancer une grande campagne de communication le mois prochain, pour rappeler que l’on peut appeler le service des encombrants au 10 33, plutôt que laisser les déchets sur la voie publique.»