Les pelleteuses arrivent dans les champs

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Publié le 27 janvier 2010.

Virtuel jusqu'ici, le chantier de la ligne à grande vitesse (LGV) Tours-Bordeaux est sur le point de démarrer. Dès la semaine prochaine, les pelleteuses vont entrer en action du côté de Montguyon, petite commune rurale de Charente-Maritime située à une soixantaine de kilomètres de Bordeaux. Ses 1 600 habitants verront passer le TGV en 2016, si les délais sont respectés. Mais avant, il faudra sacrifier 750 hectares de forêt le long des 340 kilomètres de la future ligne.

Un déboisement qui sera interrompu entre mars et septembre, afin de perturber le moins possible la nidification des oiseaux. L'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) sondera ensuite le sous-sol, à la recherche d'éventuels vestiges. Un exercice imposé qui ne devrait pas perturber le calendrier : « Nous commençons suffisamment tôt, ce qui laisse aux archéologues un an à un an et demi pour travailler », note Sébastien Joly, chargé des procédures d'archéologie préventives chez Réseau Ferré de France (RFF). Ces fouilles d'urgence devraient s'achever en 2011 et les opérations de terrassement être lancées dans la foulée. Côté paysage, le changement s'annonce radical. A Montguyon, les zones à déboiser sont déjà délimitées par des piquets orange. Certains espaces, piquetés de vert, bénéficient d'un délai supplémentaire car ils abritent des espèces protégées. C'est le cas de l'étang de la Goujonne, où hibernent une vingtaine de cistudes (tortues). A leur réveil, début mars, elles seront déménagées : le passage de la LGV nécessite de remblayer la moitié du plan d'eau.

En attendant, l'étang de la Goujonne a été encerclé par un filet. « Cela permet d'isoler cette population et d'éviter la dispersion des tortues », explique Corinne Roecklin, responsable des études et procédures LGV chez RFF. « Elles seront ensuite réparties entre deux étangs, dont un qui sera agrandi. »

Un moindre mal pour les associations : « Nous avions préconisé cette mesure », observe Olivier Roques, membre de Nature Environnement. « RFF fait des efforts, concède-t-il, mais rien ne remplace jamais un habitat naturel ». Pour chaque hectare déboisé, RFF s'engage à replanter la même surface. « L'ennui, c'est qu'ils replantent des arbres jeunes, alors que la plupart des espèces vivent dans des forêts matures », soupire Isabelle Daval, de la Direction régionale de l'environnement (Dreal, ex-Diren) de Charente-Maritime. W

Marion Guillot Photos Caroline BLUMBERG / 20 MINUTES
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