Elever des truites dans les eaux de rejet d'une usine thermique. Ce n'est pas de la science-fiction, mais l'exemple le plus abouti de « symbiose industrielle » qui intéresse l'Aquitaine. Ce modèle est né à 100 km de Copenhague, dans le parc industriel de Kalundborg. En trente-cinq ans, huit entreprises ont mis en place un système de mutualisation inédit : « Les rejets des uns sont les matières premières des autres », résume Jorgen Christensen, ex-patron de l'usine Novo Nordisk, à Kalundborg, spécialisée dans la production d'insuline.
Les levures qu'elle rejette servent d'aliments pour les fermes porcines voisines. Et Novo Nordisk est elle-même alimentée en vapeur par sa voisine, l'usine thermique Asnaes. Celle-ci rejette l'eau de mer qu'elle utilise pour refroidir ses circuits - trop chaude pour être évacuée dans la nature - dans une ferme aquacole voisine qui produit une centaine de tonnes de truites par an... Un modèle d'économie à la fois profitable à l'environnement, mais aussi aux entreprises, qui divisent ainsi leurs coûts de fonctionnement. Cette mise en réseau des usines permet d'économiser quasiment 3 millions de m3 d'eau par an et 20 000 tonnes de pétrole. Plusieurs pays, comme les Etats-Unis, la Chine et les Pays-Bas s'en sont déjà inspirés. Pour le président PS de région, Alain Rousset, qui visitait le site hier, « ce modèle pourrait aussi s'adapter à l'Aquitaine, notamment au bassin de Lacq et à la presqu'île d'Ambès ». Il reconnaît qu'une telle démarche de coopération interentreprises détonne avec les mentalités françaises, « mais cela obligerait les acteurs économiques à réfléchir à un système global de gestion des rejets et des déchets », plutôt que « d'appliquer les normes, chacun dans son coin ». W
à Kalundborg, Marion Guillot