Vivre en ville, dans un logement conçu sur mesure, de manière écologique, dans un esprit de partage avec ses voisins. C'est le principe de l'autopromotion, un regroupement de citoyens qui pilotent totalement la construction d'un bâtiment. Un concept emprunté à l'Allemagne, qui germe en France depuis dix ans, mais qui commence à peine à se concrétiser. Plus de trente projets sont étudiés sur le territoire, mais seuls deux ont vraiment été lancés. Il s'agit d'Eco-Logis, à Strasbourg (voir ci-dessous) et du Village Vertical, à Lyon. A l'issue d'ateliers, organisés à Bordeaux, Alain Juppé, le maire UMP de la ville, s'est dit « très intéressé » par ce concept et envisage de l'intégrer au projet autour de la caserne Niel, à la mission d'In Cité ou aux Bassins à flot. Le maire s'est engagé à en parler avec la CUB, et le bailleur social Aquitanis s'est dit prêt à accompagner ce type d'initiatives pour réaliser des opérations mixtes.
Des engagements encourageants pour l'association Hnord qui projette de réaliser un écoquartier de 90 logements, sous forme de coopérative d'habitation, dans le secteur Dupaty. « On veut expérimenter une autre façon de vivre, précise Thomas Nesme, président de l'association, qui compte 35 adhérents, plus collective, plus écologique. » Le quartier comprendrait des bâtiments en bois composés d'appartements, du studio au 120 m2, dont un tiers de logements sociaux. Par ailleurs, des buanderies, des chambres d'amis et un atelier seraient utilisés de manière collective. Mais contrairement à certains projets d'autopromotion qui sont des copropriétés, ici, les habitants ne posséderaient pas leur logement, mais des parts de la coopérative. « C'est un moyen de lutter contre la spéculation immobilière, précise Thomas Nesme, car on souhaite que le prix des parts soit encadré. » Seulement, pour l'heure, la loi ne reconnaît pas les coopératives d'habitants. « On travaille avec des députés à une modification de la loi, car, dans l'état actuel des choses, la coopérative serait trop imposée », indique le président. Un obstacle en France qui pourrait décourager les porteurs d'un projet ambitieux. Et humain.
En Allemagne, et notamment, à Tübingen, près de Stuttgart, ce seront bientôt près de 6 500 personnes qui auront choisi l'autopromotion, réparties dans 300 projets. « Les gens ne sont plus victimes de l'urbanisme, mais acteurs », explique Cord Soelkhe, responsable de l'urbanisme à Tübingen, venu rencontrer le maire de Bordeaux. C'est la ville et ses facilités avec la qualité de vie, et « non pas une communauté de hippies », tient à préciser Cord Soelkhe. W