Les faucheurs jugent leur procès « décalé »

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Publié le 24 septembre 2009.

Une tribune pour les anti-OGM. Hier, plus que les douze faucheurs volontaires qui comparaissaient pour la dégradation de maïs transgénique à Lugos (Gironde) en novembre 2006, ce sont les OGM qui étaient en accusation. Fiers de leur action, les prévenus, dont José Bové, député européen du parti Europe Ecologie, ont tous déclaré avoir agi dans l'intérêt général. « C'est l'Etat qui aurait dû faire ça », a même estimé l'un d'eux. Les faucheurs volontaires, largement soutenus hier, assument leur « action symbolique » et la revendiquent d'autant plus que la culture des OGM est interdite depuis février 2008. D'ailleurs, soixante-cinq personnes, dont la plupart étaient présentes hier, arborant un tee-shirt « Moi aussi... j'y étais », ont demandé à comparaître. Une requête jugée irrecevable par la cour d'appel. « C'est paradoxal : ceux qui ont mené le combat des OGM, et qui l'ont gagné, se retrouvent là aujourd'hui. Mais on assume notre responsabilité, on est jugés pour avoir eu raison avant l'heure », a déclaré en aparté José Bové, qualifiant le procès de « décalé ». Les avocats des prévenus ont plaidé l'état de nécessité.

Bien qu'une grande place ait été laissée aux déclarations en faveur de l'agriculture sans OGM, les faits n'ont pas pour autant été écartés. Les faucheurs étaient jugés pour avoir rendu impropres à la vente entre 50 (selon les prévenus) et 2 000 tonnes (d'après l'agriculteur) de maïs OGM entreposé dans un silo. Mais le propriétaire, Marc Giblet, était, lui, accusé de violence avec arme. « Je suis victime de racisme anti-Belges », a-t-il déclaré, faisant sourire la salle. Il a par ailleurs justifié son acte, qu'il qualifie de « sommation » et non de tir en direction des militants, par le préjudice subi : près de 500 000 euros, « c'est le travail d'une année et on a violé mon domicile ». Des propos démentis par José Bové, un des rares prévenus à prendre la parole, même quand il n'y était pas invité. « C'est une action symbolique de traçabilité, nous n'avons pas pu détruire 2 000 tonnes de maïs avec 45 litres de brou de noix [une teinture naturelle] et de l'eau. Et tout ce maïs aurait pu être séché. » La présence de gazole dans le silo est sans doute le seul point qui n'a pu être élucidé, les faucheurs affirmant que son utilisation est contraire à leurs principes.

En première instance, en octobre 2008, l'état de nécessité avait été rejeté. Onze faucheurs avaient été condamnés à trois mois de prison avec sursis et José Bové avait écopé de 200 jours-amendes à 60 euros. Marc Giblet avait été condamné à des dommages et intérêts. L'avocat général ne semble pas avoir tenu compte du contexte actuel, puisqu'il a requis les mêmes peines qu'en 2008 : huit mois ferme pour Bové et de la prison avec sursis pour les onze autres militants. Jugement attendu le 25 novembre. W

Orianne Dupont
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