Le bordelais s'enivre pour un manga à succès

Un manga sur le vin booste les ventes de Bordeaux. Les scénaristes japonais Yuko et Shin Kibayashi, en visite à Pauil­lac jusqu'à mercredi, refusent pourtant d'être comparés à Robert Parker, célèbre oenologue américain. « Non, pas du tout ! », insist...

Benoît Martin

— 

Un manga sur le vin booste les ventes de Bordeaux. Les scénaristes japonais Yuko et Shin Kibayashi, en visite à Pauil­lac jusqu'à mercredi, refusent pourtant d'être comparés à Robert Parker, célèbre oenologue américain. « Non, pas du tout ! », insistent-ils dans un grand éclat de rire. Pourtant, leur bande dessinée Les Gouttes de Dieu, créée en 2005, a bel et bien stimulé les exportations de vin français vers l'Asie. De la même manière que les critiques de Parker favorisent la vente de certains châteaux.

Derrière les dénégations rigolardes, les faits sont là : « Le dernier épisode parlait d'un vin australien. Trois jours après, ses ventes avaient explosé », racontent le frère et la soeur Kibayashi. Leur manga est une ode graphique et narrative aux sensations gustatives du vin. L'histoire : un oenologue japonais réputé laisse sa cave prestigieuse en héritage. A sa mort, ses deux fils - l'un naturel, l'autre adoptif - se lancent dans une chasse au trésor, en quête d'un vin inconnu appelé les Gouttes de Dieu. Neuf millions d'exemplaires se sont vendus en Asie, 300 000 en France, selon l'éditeur Glénat.

Succès en librairies, mais aussi chez les cavistes. Ou le contenu d'une bulle à Tokyo stimule les ventes de bouteilles de Bordeaux... Pour les scénaristes, ce qui est en jeu est d'abord culturel : « C'est un manga édité au Japon dans la plus pure tradition du genre, qui parle de grands vins élevés en France dans un savoir-faire ancestral, dont les ventes explosent notamment en Corée. Notre série est un pont entre différentes traditions, entre des consommateurs de différents pays. »

Quelques Gouttes de Dieu et « l'image du vin s'est améliorée, sa consommation s'est démocratisée, expliquent Yuko et Shin. Plus besoin d'avoir le verre adéquat, d'aller dans un très bon restaurant. Le vin est descendu de son piédestal. »

Impossible cependant de leur extorquer le nom des châteaux du Médoc qui auront l'honneur des prochains épisodes. « On ne peut rien vous dire », regrettent les Kibayashi. Avant de préciser, goguenards : « Sinon tout le monde va les acheter ! » Avis aux amateurs : vendredi, leur première visite fut pour le Château Léoville-Poyferré, second grand cru classé Saint-Julien. Peut-être la prochaine larme divine. W

Mots-clés :

Aucun mot-clé.