Adopté lundi soir à l'Assemblée, le projet de loi santé a relancé hier le débat sur la vente et la publicité pour l'alcool en France. Le point le plus polémique du texte concerne l'autorisation donnée aux filières vins, spiritueux et bières de faire leur promotion sur Internet, ce qui leur était interdit jusqu'à présent, en raison de la loi Evin de 1991, date à laquelle Internet n'existait pas. Pour la présidente de l'association Vin et Société, Marie-Christine Tarby, c'est « un soulagement ». A l'inverse, l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) déplore que « la santé publique (soit) passée après les intérêts économiques ».
La pub pour l'alcool sera en revanche interdite sur les sites « destinés à la jeunesse » ou ceux des « associations sportives ». Elle ne devra pas être « intrusive », c'est-à-dire ne pas prendre la forme de spams ou de pop-up. Les sites sur le vin, ou de vente de vin, étaient déjà autorisés, « mais nous n'avions pas le droit de faire d'encarts publicitaires, contrairement à nos concurrents étrangers. Il y avait une incohérence et, dans un contexte économique difficile, la filière viticole était de plus en plus menacée », assure Franck Ballester, directeur de la FDSEA Gironde. « Internet est devenu l'outil de promotion du XXIe siècle, c'est essentiel pour nous », ajoute Sylvie Cazes, présidente de l'Union des grands crus de Bordeaux.
Il n'empêche. Pour l'Anpaa, « une poignée de députés, militants de l'Association des élus de la vigne et du vin » ont « transformé un débat de santé publique en un débat sur la viticulture ». De son côté, Franck Ballester fustige « le lobby hygiéniste, qui s'attaque au problème de l'alcool comme à celui du tabac, alors que ce sont les comportements excessifs qu'il faut maîtriser ». La filière semble vouloir lancer des actions de prévention. Une opération « Educ'alcool » devrait bientôt voir le jour à Bordeaux, selon Sylvie Cazes. ■ Lire aussi p. 6