« Une formation trop technique et insuffisamment attentive aux qualités humaines. » Lors de sa venue à l'Ecole nationale de la magistrature, en février dernier, la ministre de la Justice, Rachida Dati, n'avait pas mâché ses mots. Le message a visiblement été reçu.
Après la réforme du concours adoptée le 17 juin, le conseil d'administration de l'école, réuni vendredi à Paris, a voté le second volet du projet, consacré à la nouvelle formation des auditeurs de justice. Au programme : moins de cours techniques, plus de pratique. « L'ENM n'est pas là pour former des techniciens du droit. Pour rendre une décision de justice, un magistrat doit savoir écouter et gérer les conflits. Nous devons mieux préparer nos élèves au facteur humain inhérent à chaque dossier », souligne Jean-François Thony, le directeur de l'ENM. D'où l'idée d'un « apprentissage transversal » qui servira aux futurs procureurs et juges d'instruction. « Attention à ne pas trop généraliser la formation », prévient Xavier Clémence, délégué de la promotion 2008. Si le nouveau contenu pédagogique ne semble pas susciter de critiques, le futur concours, lui, alimente toujours les débats. Les auditeurs de justice s'inquiètent de la présence d'un psychologue et d'un spécialiste du recrutement dans le jury du grand oral. « Ils ne représentent que deux voix sur sept, mais on peut s'interroger sur leur influence », relève Xavier Clémence. Côté direction, on se félicite « de ce signe d'ouverture à un autre regard ».