« En ce moment, c'est un peu stressant. On a le trac, on attend. » A quelques jours des vendanges, Marie-Hélène Lévêque, la directrice du château Chantegrive, à Podensac, vit les moments les plus difficiles de l'année. Dans les Graves comme ailleurs, ces quelques jours de septembre sont déterminants pour l'année à venir. « Il n'y a pas cinquante façons de faire, il faut un raisin parfaitement sain et bien mûr pour réussir un bon vin », résume la viticultrice, qui possède 60 hectares de rouge et 40 de blanc. Elle se prépare à aller examiner ses vignes de plus près. « Les analyses, c'est très bien, note-t-elle, mais je préfère goûter, regarder de près la peau et les pépins. »
Michel Mesnard, le maître de chais, scrute quant à lui le ciel avec angoisse et ne peut s'empêcher d'être inquiet : « Il faudrait trois ou quatre jours de soleil d'affilée pour que le raisin mûrisse bien. Là, c'est trop humide, même s'il est tombé moins d'eau que l'été dernier ». La maturité des raisins affiche un retard de huit jours par rapport à la normale. Mais Marie-Hélène Lévêque veut se montrer optimiste. Elle vient d'embaucher une vingtaine de personnes pour l'effeuillage, technique qui permet au raisin de profiter du moindre rayon de soleil dans ses derniers jours de mûrissement. Elles resteront jusqu'aux vendanges, dont la date n'est pas encore arrêtée. « Dans l'idéal, il faudrait attendre jusqu'au 22, explique le maître de chais, mais à cause de la pluie, on va peut-être commencer dès mardi. »
Le blanc sera ramassé en premier. Une petite récolte cette année, car la moitié des 40 hectares a gelé au mois d'avril. « Heureusement, le raisin qui reste se présente bien et les foyers de pourriture n'évoluent pas », se rassure la directrice du château. Côté logistique, tout est prêt. Les employés vérifient le bon état de marche des machines et les premières barriques de chêne dans lesquelles vieillira le vin commencent à être livrées. Il ne reste plus qu'à vendanger, à la main pour le blanc, à la machine pour le rouge.