Il y a quarante ans, les étudiants bordelais se soulèvent en solidarité avec ceux de la capitale. Bordeaux était peu à peu gagnée par le mouvement de Mai 68, jusqu'à son apogée, une « nuit des barricades», le 25 mai. Tout commence le 7 mai, sous l'impulsion des étudiants en lettres de Bordeaux-III qui veulent soutenir les camarades parisiens. Ils sont 4 000 à manifester. L'occupation des facultés est lancée. Le 13, les ouvriers se joignent à la manifestation. La fièvre parisienne gagne la capitale du Sud-Ouest. Transports en commun, usines (comme Dassault), employés, instituteurs, cheminots, éboueurs, administrations sont en grève. La ville est paralysée. Le 23 mai, des milliers d'étudiants défilent et plusieurs centaines d'entre eux envahissent le Grand Théâtre. Le samedi 25 mai, les étudiants occupent la faculté de lettres, cours Pasteur. Des barricades sont dressées cours Victor-Hugo. Du dernier étage du parking, les manifestants jettent tuiles et pavés sur les forces de l'ordre. L'atmosphère est irrespirable à cause des gaz lacrymogènes. Le Café des Arts est transformé en poste de secours. Ce sera la nuit la plus chaude de ce mois de contestation : 90 interpellations et 109 blessés légers. Le préfet Gabriel Delaunay vient demander seul et en personne aux étudiants de quitter les lieux. A chaque occasion, le représentant de l'Etat optera pour le dialogue. Face à une autorité locale peu répressive et une population qui se lasse, le mouvement s'essouffle fin mai. Loin de l'agitation violente d'autres villes, le mai 68 bordelais restera le temps de la mobilisation et de l'exaltation.