Xavier Pommereau
Directeur du Pôle aquitain de l'adolescent à Bordeaux.
Au vu des interventions, quelles sont, selon vous, les préoccupations des jeunes ?
Ils sont contents que des adultes s'intéressent à ce qu'ils pensent, mais en même temps, ils s'inquiètent du jugement ou de la volonté de les empêcher de faire des choses. Le vrai problème dans notre société, c'est l'échange entre adultes et jeunes.
Il y a un manque de communication ?
Il y a de la communication, tout le monde a un portable par exemple, mais il n'y a pas suffisamment d'échange pour que chacun se reconnaisse dans sa position : les parents sont là pour assurer un cadre et les jeunes doivent être capables d'entendre que sans cadre, ça ne va pas, mais avec trop de cadre, ça ne va pas non plus.
On constate d'ailleurs un décalage entre eux : selon une étude, 19 % des jeunes se disent mal dans leur peau alors que 72 % des adultes pensent qu'ils le sont...
Les parents sont convaincus que les soirées entre jeunes ne sont que des beuveries. Ce n'est pas le cas. Mais il est vrai que la notion de fête chez les jeunes a considérablement changé ces dernières années.
Pourquoi ?
Dans une société où l'on protège trop les jeunes et où on les sollicite pour leur avenir, leur bac, leur permis..., il y a beaucoup de pressions autour de l'enfant, alors, il a envie de s'éloigner de toutes ces contraintes, de se lâcher et de se « déchirer », car il veut ignorer la réalité. Les jeunes n'ont pas assez de temps de jachère.
Ils se disent aussi très inquiets pour leur santé, est-ce normal ?
C'est logique car leur corps change, mais c'est aussi le reflet des attentes des parents. Ils souhaitent garder leurs enfants intacts et ne veulent pas les voir grandir.
Ces angoisses sont légitimes...
La société a toujours les problèmes « qu'elle mérite ». Dans une société pacifiée, du confort et de la consommation, on leur dit « tu ne dois pas aller en discothèque, dans la rue, au café »... C'est invivable. On augmente ainsi, apparemment, leurs souffrances existentielles. Pourtant, ils ont tout pour être heureux du point de vue matériel, mais pas assez du point de vue affectif.
Que faut-il faire ?
Il faut les laisser faire du camping ! Je suis pour la débrouillardise et les laisser travailler le plus tôt possible pour qu'ils comprennent ce qu'est la vie. Il faut leur faire confiance et les rendre autonomes et ne pas essayer de les épargner en leur donnant de l'argent dès qu'ils en veulent. Il vaut mieux leur donner une place dans le corps social, plutôt que de les assister et de n'en faire que des consommateurs.