Bordeaux: Une exposition sur la tauromachie qui fait débat à la Halle des Chartrons

POLEMIQUE Une exposition retraçant l'histoire de la tauromachie est présentée à Bordeaux jusqu'au 14 janvier, au grand dam des associations anti-corridas...

Mickaël Bosredon

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Illustration tauromachie

Illustration tauromachie — Ernesto Guzmán Jr/EFE/SIPA

  • La Fédération des luttes pour l'abolition des corridas dénonce la présence de photos «sanglantes» pouvant heurter les enfants.
  • Pour le président de l'observatoire national des cultures taurines, cette polémique est «dérisoire» et il met en avant les recherches historiques menées pour monter cette exposition.

Plusieurs associations anti-corridas voient rouge. Les associations taurines de Gironde, l’UVTF (Union des villes taurines françaises) et l’ONCT (Observatoire national des cultures taurines), présentent jusqu’au 14 janvier, en exposition, le musée itinérant des tauromachies universelles, un regard sur l’histoire du taureau dans les civilisations méditerranéennes de la préhistoire jusqu’à nos jours, à la Halle des Chartrons, à Bordeaux.

La Halle des Chartrons, à Bordeaux.
La Halle des Chartrons, à Bordeaux. - M.Bosredon/20Minutes

 

La Fédération des luttes pour l'abolition des corridas (Flac) a en effet écrit à la mairie de Bordeaux pour s’indigner de la présence de photos à cette exposition, « particulièrement violentes et sanglantes, posées à hauteur d’enfant », témoigne Thierry Hély, président de la Flac. L’association a obtenu de la mairie de Bordeaux que des affichettes soit apposées pour prévenir les familles qui souhaiteraient se rendre à l’événement, comme elle l’avait obtenu à Béziers, où l’exposition était passée en juillet dernier.

« Prosélytisme » auprès des enfants

Le collectif Protec (Protégeons les Enfants des Corridas), composé de psychiatres et psychologues, accuse par ailleurs ce « dispositif prosélytique » de vouloir « créer une pépinière d’aficion pour renouveler le public des arènes ». Il a notamment demandé au ministère de l’Éducation nationale de préciser sa position sur les sorties scolaires à cette exposition itinérante qui passe parmi plusieurs villes.

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Les opposants ne peuvent en revanche pas faire interdire l’exposition. Comme l’indique la mairie de Bordeaux dans un courrier, « cette mise à disposition [de la halle des Chartrons] a été validée par la commission d’attribution des espaces culturels, présidée par l’adjoint à la culture, suite au dossier d’exposition déposé par ces associations. Il ne s’agit pas d’une proposition éditoriale de la ville de Bordeaux, mais d’une simple mise à disposition de la salle, dans le respect de la loi et de la diversité culturelle, au même titre que l’ensemble des manifestations qui s’y déroulent. Refuser une salle publique à une association légalement constituée est contraire à la loi. »

Beaucoup à redire sur le contenu de l’exposition

Pourtant, la Flac, ainsi que plusieurs préhistoriens, trouvent beaucoup à redire sur le contenu éditorial de cette exposition. « On peut y lire par exemple que la corrida prend ses sources à Lascaux, ce qui est totalement délirant », assure Thierry Hely.

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Pour prendre le contre-pied de cet événement, la Flac a demandé à la municipalité de pouvoir organiser, elle aussi, un événement sur la tauromachie à Bordeaux. « Nous reviendrons nous aussi sur l’aspect préhistorique, mais aussi sur les grands noms qui se sont opposés à la tauromachie par le passé, à travers des films, des livres, et des conférences de scientifiques. » Demande à laquelle Fabien Robert, adjoint à la culture, a répondu favorablement.

Une exposition dans la suite de l’inscription de la tauromachie au patrimoine culturel immatériel

En attendant, l’exposition à la Halle des Chartrons aura bien lieu. André Viard, président de l’observatoire national des cultures taurines, refuse de répondre aux questions sur la polémique, qu’il juge « dérisoire. » Lui soutient que la « première image que l’on peut associer à de la tauromachie remonte à 23.000 ans : on voit un homme qui appelle un taureau en train de foncer vers lui. C’est l’attitude de l’appel du taureau. »

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A partir de cette image, l’exposition montre « tout ce qui représente le combat du taureau avec l’homme » d'il y a 23.000 ans à nos jours. On y apprend que l’embryon de la tauromachie, telle qu’on la connaît aujourd’hui, a été dessiné il y a 300 ans.

« Cette exposition est la suite logique de l’inscription de la tauromachie au patrimoine culturel immatériel en 2011 [même si elle en a été radiée en 2015], poursuit André Viard. C’est la continuité de notre travail de recherches, à destination du grand public. »