Pour le Front de libération bordeluche, «Bordeaux ville la plus tendance du monde, c'est une farce»

INTERVIEW «20 Minutes» est allé à la rencontre des deux Bordelais à l'origine du Front de libération bordeluche face au parisianisme, un mois après la polémique sur la fronde anti-Parisiens à Bordeaux...

Mickaël Bosredon

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Les deux trentenaires bordelais sont à l'origine du Front de Libération Bordeluche.

Les deux trentenaires bordelais sont à l'origine du Front de Libération Bordeluche. — M.Bosredon/20Minutes

  • Fin octobre, un buzz médiatique s’est emparé de la ville après la découverte d’autocollants à Bordeaux invitant les Parisiens à rentrer chez eux.
  • Le Front de libération bordeluche, qui avait lancé une page Facebook en janvier, s’est alors retrouvé au cœur de la polémique.
  • Les deux Bordelais sont satisfaits que les thématiques liées à l’immobilier et aux déplacements aient ainsi pu être évoquées.

Ils se sont retrouvés dans l’œil du cyclone en octobre dernier, en pleine polémique sur la supposée fronde anti-Parisiens à Bordeaux. Plusieurs autocollants invitant les habitants de la capitale qui envisageaient de s’installer à Bordeaux à « rentrer chez eux », avaient été découverts à ce moment-là dans les rues de la ville.

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Les deux Vincent à l’origine du Front de libération bordeluche face au parisianisme, une page Facebook humoristique dénonçant la crise immobilière et les problèmes de transport à Bordeaux, ont alors effectué la tournée des medias nationaux en tant qu’experts de la défense d’une certaine identité locale.

Les deux trentenaires avaient lancés cette page en janvier 2017, « après être tombé sur l’affiche des vœux d’Alain Juppé, qui annonçait une “année capitale” à Bordeaux, avec la tour Eiffel en reflet sur le miroir d’eau… Déjà que l’on trouvait depuis longtemps que la transformation de la ville était violente, cela c’était la goutte d’eau. C’est grotesque de vouloir se mesurer à Paris ainsi », déplore l’un des deux Vincent, urbaniste dans un bureau d’études bordelais.

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20 Minutes a rencontré les deux Bordelais, un mois après le buzz médiatique. Interview.

Aujourd’hui on peut le dire : les autocollants « anti-Parisiens », c’était vous ?

- Ben non. Malheureusement, car esthétiquement ils sont beaux. Mais c’est cela qui a été le déclencheur du buzz, et qui a permis de parler de nous. Cela a surtout mis en lumière des thèmes qui nous sont chers.

- C’était un message efficace qui a lancé un débat attendu depuis trois ans à Bordeaux.

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Maintenant, les Parisiens ont peur de se faire accueillir avec des pierres en arrivant à Bordeaux. Vous êtes contents ?

- Les Parisiens sont déjà nombreux ici et ils peuvent continuer à l’être. Surtout personne n’accueille personne avec des pierres.

- Et puis au prix de la pierre blonde à Bordeaux, ils ne peuvent que se réjouir !

- Le Parisien, c’est un peu le coupable idéal en fait. Parce que cette ville vit des phénomènes qui sont à nos yeux néfastes, comme la spéculation immobilière, l’aggravation des problèmes de circulation, et c’est sur le Parisien que s’est focalisée la com' institutionnelle ces dernières années.

- La cible première du Front de libération a toujours été Bordeaux, par amour déçu, par amour trahi. Si on lit attentivement tout ce que l’on a pu écrire, il ne s’agit pas de moquer Paris qui est la plus belle ville du monde. C’est Bordeaux qui déconne, pas Paris.

- On a quand même un vieux fond de beauferie en nous qui aime bien critiquer Paris, un peu comme dans toutes les villes françaises. Après, le fond du problème c’est que cette ville de Bordeaux cherche à accueillir du monde mais sans se donner les moyens de réaliser ce projet correctement. Et ces gens, on ne sait pas trop quoi en faire. Résultat : c’est un phénomène néfaste pour les habitants déjà en place ici.

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Sur les réseaux sociaux, vous critiquez beaucoup de grands projets qui sont menés à Bordeaux. Il n’y en a aucun qui ne trouve grâce à vos yeux ?

- Si, à Euratlantique il y a une vraie ambition architecturale, contrairement à Ginko qui est une catastrophe. C’est intéressant de vouloir densifier autour de la gare, c’est ce qu’il faut faire. Et évidemment la réhabilitation du patrimoine bordelais a l’intérêt de rendre la ville plus belle. On est toujours très heureux de vivre dans cette ville. Il n’empêche qu’elle n’est plus accessible à tous.

- La cyclabilité de la ville est pas mal aussi. On devient correct en la matière.

- La profusion des ponts, c’est intéressant aussi. Cette ville n’a eu qu’un pont pendant 100 ans, puis deux, puis trois… Ce qui permet de renouer avec la Bastide, qui est un quartier un peu hors les murs, c’est très bien.

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Bordeaux est arrivé en tête de différents palmarès ces dernières années. En tant que Bordelais vous devriez en être fier, plutôt que de vous moquer, non ?

- Quand on est propriétaire effectivement c’est intéressant pour faire du AirBnB. Quand on est locataire cela l’est moins.

- A force de claironner qu’on a un magnifique océan à 3/4 d’heure de chez nous, et bien le magnifique océan aujourd’hui il est à 1 h 30. On veut bien partager nos richesses, mais on aimerait en garder aussi.

- Et puis, on en est quand même arrivé à des aberrations comme “Bordeaux la ville la plus tendance au monde”, devant Los Angeles et Cape Town en Afrique du Sud. Quand on connaît Bordeaux, qui reste quand même une ville de bourgeoisie provinciale un peu dans son formol, c’est pas tendance, quoi ! Ville la plus tendance, c’est une farce.

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