Aquitaine: «Les premiers habitants concernés par le changement climatique ce sont ceux du littoral»

ENVIRONNEMENT Alors que l’hiver approche, le Groupement d’Intérêt Pubic du Littoral Aquitain, estime à 160 le nombre de logements qui pourraient être touchés à court terme par l’érosion côtière...

Elsa Provenzano

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L'immeuble le Signal à Soulac-sur-mer est devenu l'emblème de l'érosion côtière.

L'immeuble le Signal à Soulac-sur-mer est devenu l'emblème de l'érosion côtière. — SIPA

  • Le Groupement d'Intérêt Pubic du Littoral Aquitain estime à 160 les logements menacés à court terme par l'érosion côtière et porte le chiffre à 5.800 d'ici 2050. 
  • Des stratégies de réensablement et d'entretien du cordon dunaire sont promues, sans évacuer les solutions de relocalisation. 

L' immeuble Le Signal a été construit en 1967 à Soulac-sur-mer, à 200 mètres du rivage. Aujourd’hui la bâtisse a presque les pieds dans l’eau puisqu’elle se situe seulement à 16 mètres des flots, à cause de l’érosion dunaire. Cette construction est devenue un des symboles des effets de l’érosion mais son cas est loin d’être isolé

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Selon les chiffres avancés par le Groupement d’intérêt public Littoral Aquitain 160 logements, dont les 78 du Signal, sont menacés à court terme par l’érosion côtière. Alors que l’hiver approche, ces constructions seraient particulièrement vulnérables à des phénomènes d’ampleur comparable à ceux enregistrés à l’hiver 2013-2014. D’ici 2050, ce serait 5.800 logements concernés sur le littoral Aquitain.

Améliorer la protection « souple »

En cas de risque sérieux pour les occupants, les mairies prennent des arrêtés de péril imminent pour évacuer les lieux, comme cela a été fait en 2014 pour le Signal. Avant d’en arriver là, les collectivités, qui s’appuient sur les données affinées du GIP et de l’observatoire de la Côte Aquitaine depuis les dernières tempêtes, tentent de se protéger au mieux contre cette érosion inéluctable. « Depuis 2013, le GIP a lancé une réflexion à l’échelle régionale sur des stratégies locales de lutte contre l’érosion dans sept secteurs prioritaires », explique Nicolas Castay, directeur du GIP Littoral.

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« On s’assure qu’il y ait de véritables stratégies pour éviter des travaux faits dans l’urgence, comme cela a pu être le cas auparavant, précise Vital Baude, conseiller régional en charge du Littoral. Au-delà de la relocalisation, qu’il faut garder en tête, une des priorités est la protection souple, c’est-à-dire des rechargements (en sable, en sédiments) et l’entretien du cordon dunaire ». Concrètement, la région a encouragé des travaux, réalisés par l’office national des forêts (ONF) pour améliorer les banquettes au pied de dunes à la pointe du Cap-Ferret, par exemple. L’idée est donc de protéger au mieux le littoral, sans le bétonner, en gardant à l’esprit que des relocalisations vont s’imposer à un moment donné. « Les premiers habitants concernés par le changement climatique, ce sont les habitants du littoral », souligne Nicolas Castay.

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Il est très difficile d’anticiper l’évolution du trait de côte, dépendant de phénomènes aléatoires. « Soit on attend d’avoir des modèles robustes et on continue à subir, soit on agit avec les tendances que nous avons, soit 1,7 à 2,5 mètres de recul par an sur la côte sableuse », résume le directeur du GIP Littoral Aquitain.

Au mois de décembre, une délibération sur un règlement d’intervention relatif aux risques naturels sera proposée aux élus régionaux. Il sera un cadre pour accompagner les collectivités du littoral, notamment sur la protection prioritaire du cordon dunaire.

L’enjeu du dossier du Signal

Le Conseil d’Etat doit se prononcer prochainement sur le dossier du Signal. Les copropriétaires de l’immeuble demandent à être indemnisés mais jusqu’à maintenant ils ont été déboutés par la justice, au motif que l’érosion dunaire ne figure pas sur la liste des risques naturels couverts par le fonds Barnier. La décision, qui pourrait faire jurisprudence, est très attendue et si elle aboutit à l’indemnisation des habitants, posera aussi la question de la capacité financière de ce fonds.

Les spécialistes pointent aussi la nécessité d’une évolution des outils législatifs, puisqu’actuellement les relocalisations ne sont pas autorisées sur la côte sableuse. La Région se tient prête dans la perspective de ces évolutions législatives esquissées notamment à traversla proposition de loi « portant adaptation des territoires littoraux au changement climatique ».

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