Gironde: «Sans recourir aux pesticides les plus dangereux, ce vignoble a maintenu sa récolte»

ENVIRONNEMENT Plusieurs organisations anti-pesticides mettent en avant la bonne récolte et les économies réalisées par un vignoble du Bergeracois qui a banni les pesticides cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques, considérés comme les plus dangereux…

Elsa Provenzano

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e 05 avril 2012. Pesticides dans une expoitation argicole de l'Esonne.  // PHOTOS : V. WARTNER/20 MINUTESL

e 05 avril 2012. Pesticides dans une expoitation argicole de l'Esonne. // PHOTOS : V. WARTNER/20 MINUTESL — V. WARTNER / 20 MINUTES

  • Les associations anti-pesticides mettent en avant un vignoble qui a retiré de ses traitements les pesticides CMR tout en maintenant son niveau de récolte. 
  • Elle demande des comptes aux institutions qui se sont engagées il y a un an sur un plan de réduction de pesticides dans la viticulture. 

Si la dangerosité des pesticides est maintenant de plus en plus admise au sein du débat public, dans la viticulture bordelaise les changements de pratique ne sont toujours pas au rendez-vous, selon plusieurs organisations anti-pesticides fédérées lors de la marche blanche du 14 février 2016, après la diffusion du documentaire Cash Investigations sur le sujet.

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Ce jeudi, ces organisations à la tête de laquelle se trouve Valérie Murat, militante anti-pesticides, ont mis en avant l’exemple d’un vignoble Bergeracois (dont le nom n’est pas encore connu) qui a été accompagné pour traiter ses vignes sans pesticides cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), considérés comme les plus dangereux.

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Des économies sur les charges liées aux pesticides

Sur ce domaine de 70 hectares en appellation Rouge, Rosé et Blanc avec des rendements entre 50 et 60 hectolitres l’hectare, des traitements contre les différentes maladies des vignes (mildiou, oïdium, cicadelle de la flavescence, vers de grappe) ont été élaborés avec des substances actives de synthèse non CMR par un professionnel de la distribution de pesticides. « Le rendement est maintenu, il a réalisé 7000 euros d’économies sur les charges liées aux pesticides, qui représentent plusieurs dizaines de milliers d’euros et il n’a pas été contraint d’embaucher », égrène Valérie Murat, voulant ainsi démontrer que la transition est possible.

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Les organisations ont mis en ligne gratuitement des tableaux indiquant les modes de traitements sans CMR afin qu’ils servent aux viticulteurs installés en conventionnel qui souhaitent changer leurs pratiques.

« Sans même les exigences de l’agriculture biologique, le retrait des produits CMR serait déjà un soulagement pour les riverains », témoigne Sylvie Nony, secrétaire du collectif Alerte Pesticides Haute Gironde, crée après l’intoxication d’une enseignante et des élèves à Villeneuve-de-Blaye, au printemps 2014.

Des effets d’annonces ?

Il y a un peu plus d’un an, l’interprofession des vins de Bordeaux, la chambre d’agriculture et les Vins de Bordeaux ont signé une convention pour « une viticulture durable et une réduction de l’usage des produits phyto » au salon Tech & Bio. Et lors de son assemblée générale le 10 juillet dernier, le président de l’interprofession Allan Sichel a assuré que l’institution poursuivait ses efforts dans le cadre de la signature de cette charte.

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Sur ce sujet particulièrement sensible dans le Bordelais, puisqu’on sait que les vignes représentent 4 % du territoire agricole mais captent 20 % des volumes de pesticides, les attentes sont fortes. « Un an après, il ne s’est rien passé, il n’y a aucun calendrier, pas de budget alloué et pas non plus d’orientation sur le changement de modèle technique et économique », déplore Valérie Murat, qui parle « d’effets d’annonces ».

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Plus de 200 tonnes de glyphosate par an

On connaît surtout cet herbicide massivement utilisé dans le monde sous le nom de round-up. « Plus de 200 tonnes par an sont utilisées en Gironde. Il est reconnu perturbateur endocrinien, oestrogenisant, et cancérigène probable », explique Claire Laval, porte-parole de la Confédération Paysanne. Cet herbicide, redoutablement efficace, est aussi utilisé par les viticulteurs. « Là encore, il faut accompagner ces vignerons dans les changements de pratiques », précise-t-elle.

En apportant la preuve par l’exemple et en mettant à la disposition des viticulteurs des dosages pour traiter sans CMR, les organisations espèrent participer à faire bouger les lignes pour de bon, sur ce sujet.