• Le Ceser dresse un bilan de l’état des eaux littorales avec l’appui d’experts
  • Il demande une action coordonnée pour protéger ce milieu fragile qui abrite des écosystèmes indispensables à la vie aquatique et par extension à différentes activités économiques

Depuis 2008, de nombreux ostréiculteurs de la région subissent régulièrement des mortalités sur leurs jeunes huîtres, allant parfois de 80 à 100 % par classe d’âge. Un constat qui a poussé le Ceser Nouvelle Aquitaine à s’intéresser à la qualité des eaux du littoral, considérant que ces coquillages très dépendants de la qualité du milieu, jouent un rôle de sentinelles.

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Le Ceser a présenté ce mardi son rapport qui a été adopté à l’unanimité par ses membres, issus de la société civile (un tiers de représentants d’entreprises, un tiers de représentants des organisations syndicales représentatives au niveau national et un tiers de représentants d’associations régionales). Après de nombreuses auditions de spécialistes du milieu et de représentants des activités économiques, il tire la sonnette d’alarme auprès des pouvoirs publics pour qu’une action concertée et concrète soit planifiée pour protéger le littoral.

« On est au bout d’un modèle »

« Le littoral fait l’objet de pressions, ce n’est pas un scoop, lance Dominique Chevillon, rapporteur sur le sujet. On sait que 85 à 90 % des pollutions et nuisances constatées dans le milieu marin viennent du terrestre. » On sait par exemple qu’entre 1999 et 2011, la population des quatre départements littoraux de la façade Atlantique a augmenté de 9,5 % quand la moyenne française a été de 7,9 %.

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Il y a encore des endroits dans lesquels la séparation entre eaux usées et eaux pluviales n’est pas effective et l’industrie, l’agriculture et parfois les particuliers sont aussi responsables de rejets dans le milieu. « On est au bout d’un modèle sur l’utilisation de certains entrants et de pesticides, estime Dominique Chevillon. L’atrazine, un pesticide aujourd’hui interdit, descend encore dans certaines zones littorales et va nuire à la production d’huîtres. » Même si les stations d’épuration se sont améliorées et modernisées, « aucune ne filtre les micropolluants [médicaments par exemple] aujourd’hui », ajoute le rapporteur.

« Si la santé humaine est, à court terme, préservée, des inquiétudes persistent sur le moyen et long terme compte tenu des micropolluants existants, des produits phytosanitaires, des hormones et des effets cocktails générés. La situation est plus préoccupante sur la santé des écosystèmes et des activités économiques dépendantes de la qualité du milieu [conchyliculture, pêche, tourisme etc.] », conclut le Ceser.

Les pistes proposées

Sur la politique de l’eau, il y a beaucoup d’acteurs, note le Ceser, mais pas de chef de file. Alors que les mêmes contrôles bactériologiques sont réalisés à tour de bras par des décideurs différents, le suivi biologique du littoral n’existe pas. Et la transparence n’est pas encore de mise puisqu’il a été impossible au Ceser de se procurer la liste des effluents industriels auprès de l’Etat et des collectivités. Le Ceser préconise des plans d’actions locaux forts avec des acteurs de terrains.

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Le Conseil estime qu’il faut améliorer l’approvisionnement qualitatif et quantitatif en eau douce. « Il faut mettre un terme à l’idée selon laquelle une goutte d’eau douce dans la mer est perdue, cela permet la vie ! », martèle le rapporteur. Le rapport invite aussi les décideurs à une lutte contre les contaminations du milieu et à la mise en place de contrôles, en privilégiant des actions préventives.

Un règlement d’intervention sur la qualité des eaux littorales devrait être présenté au conseil régional en décembre prochain par la commission Littoral, récemment créée.