L’idée d’une déchèterie girondine unique en France pour inciter à « déconsommer »

RECYCLAGE Le Smicval Market, crée à Vayres près de Libourne, propose aux usagers de déposer leurs objets en bon état ou de les donner à réparer, ou de repartir avec un produit déposé par un autre utilisateur…

Elsa Provenzano

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Le Smical Market propose de donner, de réparer et de recycler.

Le Smical Market propose de donner, de réparer et de recycler. — E.Provenzano / 20 Minutes

  • Un pôle de recyclage unique en France vient d'ouvrir dans le Libournais
  • Il permet le réemploi et la réparation d'objets 

Une jeune femme descend de sa voiture, une cafetière sous le bras, sur le site du Smicval Market à Vayres, une commune proche de Libourne en Gironde. Le personnel de ce pôle de recyclage d’un nouveau genre s’enquiert de l’état de l’appareil.

« Elle marche très bien, c’est juste qu’on en a acheté une autre », répond celle-ci. On la guide jusqu’à la « Maison des objets » où elle dépose délicatement son petit électroménager. On lui assure qu’elle « fera le bonheur d’un usager futur ».

Michelle et Michelle découvrent les objets laissés à une nouvelle vie par leurs anciens propriétaires.
Michelle et Michelle découvrent les objets laissés à une nouvelle vie par leurs anciens propriétaires. - E.Provenzano / 20 Minutes

Dans les rayons, Michelle 73 ans, et Michelle, 67 ans, ont déniché plusieurs trouvailles « une paire de chaussons, une vieille poupée que l’on va habiller et un œuf car nous sommes collectionneuses », précisent-elles. Elles pensent déjà aux objets qui sommeillent dans leurs greniers et qu’elles prévoient de ramener sur le site. « Des fois, ce n’est pas cassé mais bon, on les a vus depuis 30 ans », explique l’une d’elle.

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Redonner leurs valeurs d’usage aux objets

Le Smicval Market a ouvert ses portes le 10 avril et va bien au-delà des services rendus par une déchetterie classique. Il a été conçu par le Smicval, établissement Public de Coopération Intercommunal dont la mission de service public est de collecter et de traiter les déchets de 200.000 habitants sur un territoire étendu de 2.000 km² (139 communes).

« Nous voulions induire par la conception du site une autre façon de considérer les déchets, explique Alain Marois, président du Smicval. Certains se retrouvent à la poubelle alors qu’ils ont une valeur d’usage, ce ne sont pas des déchets mais des ressources ». En amont, le syndicat a mis en place 43 filières de valorisation qui permettent de traiter les déchets en fonction de leurs spécificités. Le site a coûté deux millions d’euros, soit une somme un peu supérieure à une déchèterie classique, et emploie trois agents valoristes, dont deux sont en permanence sur le site pour orienter les usagers.

La structure, unique en France, a ouvert le 10 avril à Arveyres, près de Libourne.
La structure, unique en France, a ouvert le 10 avril à Arveyres, près de Libourne. - E.Provenzano / 20 Minutes

« Je récupère les objets auprès des usagers et aussi dans les alvéoles (de la déchetterie située à l’arrière du site) quand ils ont été laissés au mauvais endroit, afin de réduire l’enfouissement, qui coûte 189 euros la tonne », rappelle Lydie, agent valoriste au Smicval Market. Après les premiers jours d’activité, elle constate avec le sourire que « les rayons se vident rapidement ».

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Si des associations récupèrent déjà les objets inutilisés, elles ne se déplacent pas forcément pour de petites quantités. Le Smicval Market propose, lui, d’offrir une seconde vie à ces produits, ou de donner à réparer ceux qui seraient hors d’usage. Trois associations d’insertion travaillent en lien avec le syndicat pour mener à bien les opérations de réparation sur les produits récupérés. « Et les objets qui reprennent vie de suite, ce sont des coûts limités pour nous », précise Alain Marois.

Le coût global du service, pour le Smicval, est en moyenne de 98 à 99 euros par habitant et par an. « Depuis 2008, ce chiffre a baissé chaque année, grâce aux filières de valorisation, souligne le président du Syndicat. On entend beaucoup de discours qui enjoignent de changer de paradigme, mais nous on a les pieds sur terre et on a essayé de voir comment on pouvait agir concrètement. »

Un concept reproductible

L’initiative expérimentale, suivie par l’ADEME, l’institut de l’économie circulaire et un comité de citoyens, est observé au niveau national. Il faudra au moins 18 mois d’activité au site, avant de tirer un premier bilan qui pourrait amener le Smicval à faire évoluer les 12 déchèteries qu’il gère.

Et, d’autres syndicats se montrent déjà intéressés par le concept. « On a choisi de faire quelque chose de pas trop grand, de reproductible », glisse Olivier Guilmois, responsable du bureau d’étude intégré au Smicval, qui a conçu le site.

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Les usagers qui viennent déposer des déchets verts par exemple, passent au milieu d’une allée qui leur donne à voir la maison des objets. « C’est l’occasion pour eux de se renseigner, de poser des questions, explique Olivier Guilmois. Prendre gratuitement ne fait pas partie des habitudes ». Le Smicval dont le territoire est estampillé Zéro déchets et Zéro gaspillage depuis 2014, entend bien devenir un exemple au niveau national, sur le réemploi et la réduction des déchets.