Bordeaux: «On a fait passer un test psychologique à l'Homme de Néandertal»

PALEONTOLOGIE La découverte d'un paléontologue bordelais sur un fragment d'os de corbeau, montre que Néandertal avait peut-être l'âme d'un artiste...

Mickaël Bosredon

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Exposition sur l'homme de Néandertal, en juillet 2004, à Eyzies-de-Tayac.

Exposition sur l'homme de Néandertal, en juillet 2004, à Eyzies-de-Tayac. — PATRICK BERNARD / AFP PHOTO

Le paléontologue de l’université de Bordeaux Francesco d’Errico a signé mercredi une étude, publiée aux Etats-Unis, sur l’homme de Néandertal, suite à des travaux menés sur un fragment d’os de corbeau gravé datant de 40.000 ans.

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Ce bout d’os d’un centimètre et demi de long mis au jour sur un site archéologique de Crimée, en Ukraine, compte huit entailles régulières faites avec un silex. Faut-il en conclure que l’homme de Néandertal était un artiste ? Francesco d’Errico a répondu aux questions de 20Minutes.

Alors, artiste ou pas l’Homme de Néandertal ?

On ne peut pas tirer de telle conclusion avec l’analyse seule d’un petit bout d’os. Mais plusieurs découvertes et travaux scientifiques nous montrent que Néandertal avait sans doute l’intention de créer des motifs symboliques. Dans la grotte de Bruniquel, il a cassé des stalagmites pour les placer au sol, en rond. En Dordogne il reste des fragments de manganèse qui leur servaient à fabriquer de la poudre noire, peut-être pour des peintures corporelles.

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On sait aussi que Néandertal montrait un fort intérêt pour les oiseaux, dont il récupérait les phalanges et les plumes. Mais pourquoi ? Tout cela ce sont des indices, mais on ne peut pas en conclure que les hommes de Néandertal étaient des artistes pour autant.

Mais à quoi aurait pu servir ce bout d’os gravé si ce n’est à de la parure artistique ?

Il aurait pu se servir des entailles créées sur l’os pour caler un doigt. Mais quand bien même l’objet aurait eu un objectif fonctionnel, ce qui est important dans cette découverte c’est d’avoir montré le caractère délibéré. Ce ne sont pas des traces de boucheries car les marques sont équidistantes. Néandertal voulait faire un décor régulier sur l’objet.

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Comment vous-y êtes vous pris pour analyser ce bout d’os ?

C’est un travail pluridisciplinaire. Mais nous avons notamment mis en place un protocole avec une série de tests sur des individus, que nous avons placés dans la même situation que Néandertal avec son bout d’os, avec huit entailles à faire. L’analyse a montré qu’ils avaient espacé et creusé les huit entailles exactement de la même manière que l’Homme de Néandertal. Pour être précis, Néandertal avait en fait creusé six entailles, et en a rajouté deux de manière à ce que la distance entre toutes les entailles reste égale. En somme, pour la première fois, on a fait passer un test psychologique à Néandertal.

Que sait-on aujourd’hui du mode de vie de Néandertal ?

On sait que c’étaient des chasseurs-cueilleurs, et qu’ils ont vécu au-delà de l’Europe, jusqu’en Sibérie. Ils se sont adaptés à des climats très différents, de la Méditerranée à l’Angleterre, et ils se sont un peu mélangés à nous, puisque nous avons hérité de 2 % à 4 % de ses gènes. Ils étaient relativement sédentaires, mangeaient des végétaux et des viandes carnées, et même des moules et des crabes lorsqu’ils étaient près de la mer.

Quelle est la thèse qui l’emporte sur sa disparition ?

L’arrivée de l’Homme moderne est sans doute une des causes. Homo sapiens avait peut-être un taux démographique plus important, était peut-être plus organisé, et aurait provoqué la lente disparition de Néandertal. Mais ce n’est qu’une hypothèse.