Cette barre d'immeubles de la cité de la Benauge construite en 1959 abrite 150 logements.
Cette barre d'immeubles de la cité de la Benauge construite en 1959 abrite 150 logements. - Capture d'écran Google maps

« 1er juillet 1968 » répond du tac au tac Michel Jussiaume, âgé de plus de 80 ans, quand on lui demande sa date d’emménagement dans le quartier de la Benauge, sur la rive droite de Bordeaux. Son appartement, qu’il occupe avec sa femme, est situé au sein de la barre d’immeuble D abritant 160 logements et vouée à la destruction fin 2018, dans le cadre de la réhabilitation et de la densification du quartier. Avec l’aide de l’association droit au logement (DAL), il entend faire savoir que la barre a encore de beaux jours devant elle, en faisant visiter son coquet quatre pièces, ce jeudi.

>> A lire aussi : Bordeaux: Tour d’horizon des futurs quartiers de la ville

« On veut anticiper un déclassement et s’assurer que les gens restent fiers de leurs logements à la Benauge, explique Jean-Baptiste Desanlis, directeur général de Coligny, le bailleur social qui gère ces logements. On veut apporter de la diversité à un secteur devenu un peu mono fonctionnel en l’enrichissant avec du logement intermédiaire, mais le quartier restera clairement à majorité sociale. » L’opération est menée par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), la Métropole et les bailleurs sociaux.

Michel Jussiaume apprécie beaucoup la vue sur les Côteaux de sa fenêtre et ne veut pour rien au monde quitter son logement.
Michel Jussiaume apprécie beaucoup la vue sur les Côteaux de sa fenêtre et ne veut pour rien au monde quitter son logement. - E.Provenzano / 20 Minutes

La cité a été érigée en 1959 et la barre D a été rénovée il y a seulement 10 ans, en 2007. « Regardez l’électricité a été mise aux normes et on a refait la peinture », insiste Michel Jussiaume, en faisant visiter son appartement de 64m2, impeccable et décoré avec soin. Il apprécie la vue sur les coteaux depuis son petit balcon et ne s’imagine pas quitter les lieux, mettant en avant la proximité des commerces, du tramway et les liens sociaux tissés avec son voisinage. « Mon logement n’est pas insalubre, j’y suis très bien », lance-t-il. Les réhabilitations n’ont été que partielles, selon le bailleur, qui souligne que la destruction « n’est pas un choix économique » mais en faveur d’un réaménagement plus global du quartier avec « de l’habitat nouveau ».

Un occupant de la Cité, qui y vit depuis 46 ans, adore la vue qu'il a sur Bordeaux.
Un occupant de la Cité, qui y vit depuis 46 ans, adore la vue qu'il a sur Bordeaux. - E.Provenzano / 20 Minutes

Un autre occupant, qui occupe un logement dans ce même immeuble depuis 46 ans, trouve aussi son appartement très agréable et vante la vue que lui offre son appartement situé au 9e étage.

>> A lire aussi : Bordeaux: De la géothermie pour chauffer les nouveaux quartiers de la rive droite

Une enquête sociale est en cours sur la barre D pour accompagner le relogement des habitants « qui seront prioritaires pour un relogement sur le site », assure Jean-Baptiste Desanlis. Le couple Jussiaume paye 456,55 euros son loyer, charges comprises, un prix imbattable sur la région. Les relogements devraient avoir lieu en 2017 et 2018 avec une destruction programmée de la barre D, fin 2018. Les commerces actuels, dont le supermarché Simply, seront relocalisés pour laisser la place à des logements.

>> A lire aussi : Bordeaux: 5.200 offres sur Airbnb, moins d'appart en location pour les étudiants?

Déjà 31 appartements murés 

L’objectif de l’opération consiste aussi à densifier le quartier. « C’est pour cela qu’il choisisse cette barre plutôt que les tours, pourtant plus anciennes, estime une militante du DAL : il y a une plus grande emprise au sol donc c’est plus intéressant pour eux ». Pour anticiper la fin de cette barre, les logements des locataires qui partent ou qui décèdent ne sont pas reloués depuis 2012. Les occupants comptent 31 appartements murés et le bailleur affirme que seulement 100 des 160 logements sont actuellement occupés.

Les militants du DAL 33 s'élèvent contre la destruction programmée de l'immeuble de la Cité de la Benauge.
Les militants du DAL 33 s'élèvent contre la destruction programmée de l'immeuble de la Cité de la Benauge. - E.Provenzano / 20 Minutes

« Ils vont faire du logement social pour les classes moyennes qui n’est pas vraiment du logement social », déplore Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole national du DAL, qui a déjà observé ce phénomène sur des opérations de réhabilitation de parcs de logements sociaux ailleurs en France. « 160 logements sociaux seront détruits mais on construira 360 logements sociaux dont 96 PLAI (logements très sociaux) et du HLM classique », répond le directeur général de Coligny, affirmant que « la classe moyenne a aussi sa place ici ». Et d’autre part, 388 logements (sociaux ou très sociaux) du parc de Coligny seront réhabilités.

Le DAL craint aussi qu’une flambée immobilière ait lieu tout autour du projet, accélérant la gentrification du quartier Bastide. L’opération devrait s’achever à l’horizon 2022.

Mots-clés :