Éoliennes en mer à Oléron : « Un parc éolien ne vit pas d’amour, de vent et d’eau fraîche c’est un parc industriel »

ENVIRONNEMENT Plusieurs associations écologistes dénoncent l'implantation des éoliennes sur le secteur du Parc Naturel Marin de l'estuaire de la Gironde et des Pertuis, crée en 2015...

Elsa Provenzano

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Illustration d'un parc éolien off-shore au Danemark, alors qu'il n'existe pas encore de tels parcs en France.

Illustration d'un parc éolien off-shore au Danemark, alors qu'il n'existe pas encore de tels parcs en France. — ANGOT/SIPA

L’appel d’offres de l’Etat concernant un parc éolien en mer, au large d’Oléron en Charente-Maritime, vient d'être lancé ce mercredi par Ségolène Royal, ministre de l'environnement. 

 L’entreprise allemande WPD, un producteur d’électricité qui a déjà implanté 1.700 éoliennes dans le monde, est sur les rangs depuis quatre ans déjà et espère y investir deux milliards d’euros pour installer 60 à 80 éoliennes à l’horizon 2023.

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Les oiseaux migrateurs et les tortues marines en danger ?

« Il y a un très fort lobbying de WPD offshore mais depuis 3 mois on est sorti du bois pour dire ce qu’on pense du projet », lâche Dominique Chevillon, vice président de la LPO (Ligue de protection des oiseaux) France. Il rappelle que l’entreprise communique beaucoup sur les créations d’emplois (400 à 600 attendues) mais souligne que l’emprise du projet est « énorme » avec 100 km2 et qu’elle est « au centre d’une zone de protection spéciale pour les oiseaux migrateurs, les chauves-souris et les tortues marines. »

Les cinq associations mobilisées (Lpo, nature environnement 17, Re Nature Environnement, Nature en Arvert et Demain les Mathes) sont favorables aux énergies renouvelables mais demandent sur ce dossier « un peu de cohérence de l’Etat qui ne peut accepter de détruire les milieux et espèces qu’il a souhaité protéger en créant le Parc Naturel Marin ». L’agence des aires marines protégées a émis un avis défavorable sur ce projet.

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« Le parc sera situé à plus de 15 kilomètres des côtes car on sait que jusqu’à 8 kilomètres, c’est là qu’il y a la plus forte concentration d’oiseaux migrateurs, rétorque Antoine Monteillet, chef de projet chez WPD off shore en charge du parc d’Oléron. Le secteur choisi pour implanter le parc est aussi assez éloigné du plateau de Rochebonne et de l’estuaire de la Gironde, deux zones sensibles. » Sur l’emprise du projet il relativise son étendue en précisant qu’il s’agit d' « 1 % du parc ». Il reconnaît qu’il y a des inquiétudes de la part d’associations et il les juge « légitimes car la filière est nouvelle »

Des pertes de lubrifiants dommageables pour le milieu ?

« Un parc éolien ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, c’est un parc industriel, ironise Dominique Chevillon. Il y a des nuisances lors de la construction et de l’exploitation. » Il évoque des « pertes de lubrifiants », dont les pâles ont besoin pour fonctionner, une oxydation de matières qui se retrouvent dissoutes dans l’eau et beaucoup de vibrations dommageables pour les mammifères marins. Et, le béton et les pieux utilisés pour fixer les éoliennes vont « définitivement détruire des fonds marins », selon lui. 

Chez WPD off shore, on rappelle que les impacts réels sur l’environnement n’ont pas encore été évalués et que les populations et les mouvements des oiseaux migrateurs vont être étudiés. « On ne sait pas encore s’il y a une compatibilité avec l’éolien », estime prudemment Antoine Monteillet. Il avance néanmoins que « la chaîne de valeur est connue et maîtrisée », précisant que si le milieu marin est perturbé pendant la construction, il y a une certaine résilience par la suite. « On observe qu’au bout d’un moment elles (les bases des éoliennes) font office de récifs et qu’il y a même davantage de populations (de poissons) qu’avant », souligne le chef de projet.

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La société affirme sa volonté d’aménager des couloirs de pêche et des secteurs navigables pour les pêcheurs du port de la Cotinière. « Il n’y a pas un seul parc éolien off shore en Europe qui n’a pas interdit toute pêche sur les surfaces de ces parcs », s’étrangle le vice président de la LPO France, relevant « une opération de privatisation de surfaces marines ».

Aucun parc éolien offshore n’est encore en activité en France même si des autorisations ont déjà été délivrées notamment pour des parcs à Fécamp et au Calvados. En Europe 3. 500 éoliennes en mer sont installées. La première l’a été en 1991 mais les vrais parcs commerciaux ont plutôt commencé à rentrer en activité en 2000.