Illustration de vignes dans l'appellation Saint-Emilion. (AP Photo/Bob Edme)/NYOTK/27539556849/1510301031
Illustration de vignes dans l'appellation Saint-Emilion. (AP Photo/Bob Edme)/NYOTK/27539556849/1510301031 - Bob Edme/AP/SIPA

C’est une découverte pleine de potentielle qu’a réalisée la start-up Immunrise Technologies, basée à Pessac près de Bordeaux. Il y a environ un an, elle a identifié une micro-algue qui pourrait permettre de diminuer considérablement l’usage des pesticides dans la viticulture  alors que les dangers de ces substances phytosanitaires font de plus en plus débat. Les tests déjà effectués en laboratoire depuis l’identification de cette algue sont très prometteurs.

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Quelles sont les propriétés de cette algue ?

« C’est une micro-algue, de la taille d’une bactérie et qui a, comme elle, la faculté de se multiplier », explique Laurent de Crasto, ingénieur et œnologue qui a fondé la société Immunrise Technologies avec Lionel Navarro, chercheur au CNRS. L’algue a été identifiée en Bretagne mais elle se trouve aussi au large du Golfe de Gascogne. Cette micro-algue a la capacité de produire pour se défendre une molécule qui détruit certains champignons connus comme les bêtes noires des viticulteurs.

Qu’ont donné les tests en laboratoire ?

Des changements de paramètres ont été testés pour créer les conditions dans lesquelles l’algue produit ses molécules de défense. La micro-algue est transformée en poudre, après avoir été filtrée et séchée. Elle est pulvérisée sur la vigne après avoir été mélangée à de l’eau douce. Résultat : « Le mildiou est détruit à 100 % et le Botrytis à 50 % », pointe Laurent de Crasto. La mixture permet aussi de lutter contre les principaux champignons responsables du dépérissement du vignoble, dont l’esca. L’Inra est intervenu en tant que prestataire pour valider les résultats de la société. « Il y a un vrai intérêt agronomique puisqu’il suffirait d’un seul traitement, biodégradable, au lieu de quatre actuellement », souligne le cofondateur de la société.

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Comment la start-up a découvert cette algue ?

La société, qui a pour objectif de développer le biocontrôle en alternative aux pesticides, a choisi de s’intéresser aux micro-organismes présents dans l’océan et dont seul une infime partie est scientifiquement connue. « En général ce sont de grands groupes phytosanitaires qui font ce genre de découvertes, là on a eu de la chance de l’identifier, commente Laurent de Crasto. On est tout petit et cela va être un défi de développer le produit et de le distribuer, sans que ce soit racheté. »

Quelles sont les prochaines étapes ?

Des essais en plein champ vont être menés pendant deux ans sur des parcelles de vignes et le produit devra aussi passer une batterie de tests écotoxicologiques. Un dossier d’autorisation de mise sur le marché doit également être mis sur pied. Pour le financer, la société organise une levée de fonds au mois de décembre, notamment parce qu’elle envisage de rester à l’écart des grands groupes agrochimiques et veut que viticulteurs et consommateurs rentrent au capital de l’entreprise.

Cette autorisation de mise sur le marché sera l’objectif principal de la filiale d’Immunrise Technologies, qui s’appellera Immunrise Biocontrol et qui sera lancée en janvier 2017. La société va tout faire pour commercialiser le plus rapidement son produit, avant 5 ans environ.

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A terme, le projet doté d’une « identité très locale », consistera à implanter une ferme de production de micro-algues sur le territoire. Au-delà de la viticulture, cette micro-algue a potentiellement d’autres effets sur d’autres cultures et il y a également d’autres micro-algues à découvrir. Autant d’espoirs de trouver des solutions alternatives aux pesticides.

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