Bordeaux: 5.200 offres sur Airbnb, moins d'appart en location pour les étudiants?

IMMOBILIER Un observatoire des logements Airbnb dans la capitale Girondine a été crée par le conseiller municipal d'opposition (PS) Matthieu Rouveyre...

Elsa Provenzano

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Bordeaux, 13 septembre 2012. Illustration immobilier a Bordeaux. - Photo : Sebastien Ortola

Bordeaux, 13 septembre 2012. Illustration immobilier a Bordeaux. - Photo : Sebastien Ortola — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Interpellé par des habitants, au printemps dernier, sur le phénomène d’expansion de la plateforme Airbnb à Bordeaux, Matthieu Rouveyre, élu municipal d’opposition (PS), vient de lancer  un observatoire Airbnb sur la capitale girondine.

Plus de 5200 logements sont proposés à Bordeaux sur la plateforme AIrbnb.
Plus de 5200 logements sont proposés à Bordeaux sur la plateforme AIrbnb. - Capture d'écran

C’est Tom Slee, un « hacktiviste » canadien auteur de Ce qui est à toi est à moi, contre Airbnb, Uber et autres avatars de l' "économie du partage" qui a commencé à collecter et publier les premières données. « Mais ces opérations demandent beaucoup de temps et des ressources importantes. Son travail m’a inspiré et c’est pourquoi je me suis rapproché de spécialistes pour développer un logiciel capable de récupérer toutes les informations dont nous avons besoin et que j’ai créé l’observatoire afin de les rendre publiques », explique l’élu socialiste.

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De 3.000 à 5.200 offres en quelques mois 

Alors qu’en avril dernier, 3.000 offres Airbnb étaient disponibles sur Bordeaux, le travail de l’observatoire en a recensé plus de 5.200 aujourd’hui. « On a regardé les biens qui étaient mis à disposition le week-end et pendant les vacances, c’est-à-dire les logements qui sont de réelles résidences principales et d’après nos estimations, ils représentent seulement 15 % des annonces », souligne l’élu. La plupart du temps, il s’agit donc de logements loués toute l’année à des touristes, sur des périodes courtes ce qui représente, pour l’élu, un appauvrissement du parc locatif traditionnel, au détriment des étudiants et des foyers modestes.

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« Ces biens [en location sur Airbnb] sont des biens à part, il n’y en a pas beaucoup. Il faut une certaine qualité du logement et il faut que les communs s’y prêtent, ce ne sont pas les mêmes logements que ceux loués à des étudiants, plus classiques », nuance Jean-Marie Duffoire, vice-président de la FNAIM (fédération nationale de l’immobilier) Gironde.

Un débat sur le « droit à la ville »

« Les studios et T2, qu’occupent traditionnellement les jeunes, les personnes seules et les familles modestes, sont les plus proposés sur Airbnb, avance Matthieu Rouveyre. Le phénomène participe donc à vider le centre-ville de certains de ses habitants ». Il précise que le phénomène de gentrification était déjà à l’œuvre, comme dans beaucoup d’autres villes, avant l’arrivée d’Airbnb qui n’est pas « responsable de tous les maux. » Il espère avec cet observatoire alimenter le débat sur « le droit à la ville » alors que les foyers les plus modestes sont repoussés de plus en plus en périphérie.

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Airbnb cible vraiment le cœur historique de la ville, le plus attractif pour les touristes, alors il n’y a « pas forcément » d’impact sur les offres proposées aux étudiants, selon Jean-Marie Duffoire, puisqu’elles sont réparties dans différents quartiers proches du centre.

« Nous gérons 400 lots dans cette agence et pas un seul propriétaire n’en a enlevé un pour le gérer à la semaine, fait-il valoir. Il faut être là pour faire l’état des lieux, compter les fourchettes etc. c’est du travail ! » Beaucoup de contraintes pour gagner certes « un peu plus » mais les propriétaires qui sont souvent installés « hors Bordeaux », pointe Jean-Marie Duffoire, y réfléchissent maintenant à deux fois. On observe toutefois le développement de conciergerie pour gérer ces locations à la semaine. « Et, à Bordeaux, louer un T2 pendant dix jours sur Airbnb rapporte davantage que de le louer un mois en bail traditionnel », rappelle Matthieu Rouveyre.

« Nous avons eu un client qui louait son bien 37 semaines sur 52 mais maintenant il loue moins car il y a beaucoup plus d’offres », pointe également le vice président de la FNAIM Gironde.