VIDEO. Bordeaux: On a (certainement) identifié des blocs qui composaient les Piliers de Tutelle

ARCHEOLOGIE Le film « Les blocs mystérieux de Bordeaux », présenté pour la première fois à Bordeaux dans le cadre du festival international du film d'archéologie, fait le point sur une récente découverte scientifique...

Mickaël Bosredon

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Reconstitution des Piliers de Tutelle à Bordeaux

Reconstitution des Piliers de Tutelle à Bordeaux — J.J MALMARY IRAA CNRS

Les vestiges du passé antique de Bordeaux sont rares. Alors, si l’hypothèse des chercheurs de l’Iraa (Institut de recherche sur l’architecture antique - CNRS) se confirme, ce serait une sacrée découverte. Selon les deux chercheurs, Alain Badie (architecte) et Jean-Jacques Malmary (architecte, ingénieur de recherche), qui ont travaillé sous la direction de Dominique Tardy, une partie des 400 blocs de pierre découverts au 19ème siècle lors du démantèlement des remparts de Bordeaux, proviendrait… des Piliers de Tutelle.

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On croyait pourtant qu’il ne restait plus guère de traces de ce monument gallo-romain construit au IIè ou IIIè siècle après Jesus-Christ à l’angle de l’actuel Grand Théâtre, et définitivement détruit en 1677.

Tout ce que l’on en sait aujourd’hui, on le doit à l’architecte Claude Perrault, qui en avait dessiné le plan, sur la base des vestiges qu’il avait pu observer. Et c’est grâce à ce dessin que le rapprochement avec ces blocs de pierre, conservés au musée d’Aquitaine et dans une salle située sous le pont d’Aquitaine, a pu être établi.

Des blocs imposants d’environ 500 kilos

Dans le film Les mystérieux blocs de pierre de Bordeaux, qui sera présenté pour la première fois à Bordeaux dans le cadre du festival international du film d’archéologie (26-29 octobre), Juliette Lacharnay et Cécile Khindria ont filmé les deux chercheurs pendant leurs travaux. Privés de contexte historique, ces blocs n’avaient jusqu’alors pas délivré leurs secrets.

 

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« Il s’agit de blocs imposants - 1,60 m de diamètre et plus de 500 kilos - et ils datent du IIème siècle après J.-C. environ, décrit à 20 Minutes Jean-Jacques Malmary. Donc les dimensions peuvent correspondre à un monument comme les Piliers de Tutelle, et la datation concorde. » A partir de là, deux options s’offraient aux chercheurs : soit Bordeaux possédait deux monuments de grande ampleur à l’époque antique, soit il s’agissait de morceaux des Piliers de Tutelle.

Ils formaient des colonnes adossées à un mur

« Notre réflexion sur le rapprochement entre ce monument et les blocs de pierre reste une hypothèse, poursuit Jean-Jacques Malmary, mais la configuration très originale des Piliers de Tutelle, et les dernières fouilles, nous font pencher vers cette conclusion. Nous avons pu déterminer que ces blocs sont des morceaux de colonnes adossées à un mur, qui pourraient appartenir à la cella, la partie close d’un temple qui accueille la statue de Dieu ou de l’Empereur. » Une cella qui avait mystérieusement disparu du monument…

Les blocs de Bordeaux étaient certainement des morceaux de colonnes
Les blocs de Bordeaux étaient certainement des morceaux de colonnes - J.J MALMARY/IRAA CNRS

« Elle a certainement été démantelée pour servir à fabriquer de la chaux au Moyen-Age, comme souvent concernant les monuments antiques démolis à l’époque médiévale, ou pour construire les remparts du Bas-Empire. » Une partie des blocs a en tout cas été conservée, « ce qui est une aubaine pour nous. »

Une nouvelle technique de reconstitution 3D

Pour pousser davantage leurs recherches, les scientifiques ont utilisé une technique récente, la photogrammétrie numérique par corrélation dense, avec Archéotransfert. « Cela consiste à prendre plusieurs photos d’un objet et de les transférer dans un logiciel qui va fabriquer un nuage de points et recréer l’image en 3D. Ainsi reconstitué, l’objet est plus facilement étudiable. » Surtout lorsqu’il s’agit de blocs d’une demi-tonne.

Le travail sur cette vingtaine de blocs, entamé en 2010 dans le cadre de l’ANR (Agence nationale de recherche) Orag (ornementation architecturale des Gaules) est aujourd’hui quasiment achevé. Reste désormais à identifier les autres blocs, « pour lesquels nous avons établi une datation, mais il est plus difficile d’établir leur provenance. »

Les blocs mystérieux de Bordeaux sera diffusé samedi 29 octobre à 14h à l’Athénée municipal de Bordeaux.

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