Illustration d'un épandage dans des rangs de vigne.
Illustration d'un épandage dans des rangs de vigne. - ARDEA/MARY EVANS/SIPA

La Gironde a été épinglée par le documentaire choc Cash Investigation, diffusé sur France 2 le 2 février, comme l’un des départements les plus consommateurs de pesticides.

Lors des 4e rencontres viticoles d’Aquitaine qui se sont déroulées ce mercredi à Blanquefort les aspects régionaux du plan Ecophyto 2, qui vise à réduire progressivement l’utilisation des pesticides en France, tout en maintenant « une agriculture économiquement performante », ont été abordés.

« Un objectif très ambitieux »

L’objectif (national) est de réduire de 50 % l’utilisation des pesticides d’ici 2025. « C’est un objectif très ambitieux, c’est comme si on décidait de diviser par deux la circulation automobile » argumente Carine Tagliamonte, chargée de mission Ecophyto et Agroécologie à la chambre d’agriculture régionale, quand on évoque les aspects alarmants du reportage diffusé sur France 2.

Quatre réseaux appelés DEPHY pour démonstration, expérimentation et production de références sur les systèmes économes en produits phytosanitaires, composé eux-mêmes de 10 exploitations viticoles chacun, se sont engagés sur la base du volontariat dans une démarche de réduction de l’utilisation de pesticides. Quelques années après leur entrée dans le dispositif, leur consommation de pesticides diminue en moyenne de 20 à 30 %.

L’objectif est de permettre des expérimentations d’outils qui optimisent les doses de pesticides et, à partir de 2020, de généraliser ces pratiques moins polluantes en s’appuyant sur les retours d’expériences des viticulteurs « testeurs ».

« Cela m’a pris des années »

« J’ai divisé le nombre de traitements par deux. Alors que certains traitent jusqu’à 18 fois par an, je fais seulement 8 traitements », met en avant Patrick Vasseur, viticulteur, vice-président de la Chambre d'’agriculture de la Gironde et responsable du dossier Écophyto. Il s’est engagé depuis 1992 dans un plan de réduction des pesticides sur sa propre exploitation. « Cela m’a pris des années, et j’ai eu des attaques de mildiou. Mais moi je n’ai que 12 hectares, donc je peux traiter en une matinée »,  précise-t-il.

Ce viticulteur rappelle que le climat océanique de la région, associant chaleur et humidité favorise le mildiou et l’oïdium, deux maladies de la vigne. « Aujourd’hui je suis à l’équilibre mais je traite en fonction de la météo, s’il y tombe entre 15 et 30 millimètres de pluie par exemple », explique-t-il. L’argent qu’il économise en achetant moins de pesticides, il l’a investi dans des assurances contre le gel et la grêle. « L’objectif est de 50 % mais si on arrive à 30 % ce sera bien », glisse-t-il.

« Pour les cultures pérennes comme les pieds de vignes qui durent 30 à 40 ans, cela va nécessiter plus de temps que pour d’autres plantations. Et ce sont aussi des investissements très importants au niveau matériel, donc ça ne peut pas se faire du jour au lendemain », ajoute Carine Tagliamonte.

Des alternatives aux pesticides

« Il y a 50 ans, il y avait une pratique de désherbage total alors que maintenant elle est très rare », pointe Carine Tagliamonte. L’institut française de la vigne et du vin (IFV) travaille à sélectionner du matériel performant notamment pour limiter la dérive, ou diffusion dans l’environnement, des pesticides.

Parmi les alternatives au pesticides, il existe par exemple les phéromones de synthèse. « Elles doivent être appliquées sur une grande parcelle, ce qui pose problème lorsque les exploitations sont morcelées. La pose des capsules est également très chronophage », précise Carine Tagliamonte.

La chambre de l’agriculture estime aussi qu’il est de la responsabilité des pouvoirs publics de retirer les substances les plus dangereuses (notamment celles qui sont classées cancérigènes mutagènes et reprotoxiques CMR). « Ce qui se fait déjà au fil de l’eau », note Carine Tagliamonte.

Les militants anti-pesticides locaux organisent une marche blanche, dimanche à Bordeaux, après la diffusion de l’enquête de Cash Investigation.

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