A Bordeaux, le 28 janvier 2016, reportage auprès des éleveurs de canards regroupés dans la coopérative Palmagri, alors que des mesures draconniennes sont prises pour lutter contre l'influenza aviaire.
A Bordeaux, le 28 janvier 2016, reportage auprès des éleveurs de canards regroupés dans la coopérative Palmagri, alors que des mesures draconniennes sont prises pour lutter contre l'influenza aviaire. - E.Provenzano / 20 Minutes

C’est une période sombre pour les éleveurs de volailles de la région. En réaction à la détection de 69 foyers du virus d’influenza aviaire dans huit départements du Sud-Ouest depuis les 24 novembre 2015, des mesures radicales ont été prises pour l’éradiquer. Les élevages vont être vidés et assainis dans 18 départements dont la Gironde, sur lequel aucun cas n’a été dépisté. Les cas les plus proches d’influenza aviaire se sont déclarés en Dordogne.

 

A Brannens, le 28 janvier 2016, Jean-Luc Tauzin (à gauche) a reçu la visite de Bernard Artigue président de la chambre d’agriculture de la Gironde (à droite).

 

« Il y avait peut-être d’autres méthodes que l’arrêt brutal de toute la filière. Tout va s’arrêter et, pour l’élevage et la coopérative cela crée des incertitudes pour l’avenir. Je vais finir fin avril et je ne pourrai pas gaver et avoir des rentrées d’argent avant septembre », explique Jean Luc Tauzin, éleveur de canards à Brannens en Gironde, et vice-président de la coopérative Palmagri spécialisée dans le canard et située à Auros.

Les premiers à avoir été impactés ce sont les accouveurs, qui transforment les œufs en poussins, à l’arrêt depuis le 18 janvier. Tous les élevages ne vont pas redémarrer en même temps et il ne sera pas possible de faire venir des canards d’ailleurs, ce que les professionnels appellent des « prêts à gaver ».

« Ils attendent d’être accompagnés »

« C’est un cap à passer mais c’est important d’assainir une bonne fois la zone plutôt que d’avoir en permanence une épée de Damoclès. La filière doit être solidaire pour passer ce moment difficile. Il faut rappeler que la décision n’a pas été prise par un ministre tout seul dans son bureau mais aussi par des professionnels », a argumenté Jean-Charles Quintard, directeur département de la protection des populations (DDP).

« Les éleveurs sont prêts à effectuer un vide sanitaire mais ils attendent d’être accompagnés », rétorque Bernard Artigue, président de la chambre d’agriculture de la Gironde, venu rendre visite aux producteurs de la coopérative, avec une délégation d’élus.

On ne connaît pas le détail des aides

130 millions d’euros d’aides pour la filière des aviculteurs du Sud-Ouest ont été annoncées par le gouvernement mais les éleveurs sont dans l’attente des montants détaillés les concernant. On sait aussi qu’il y aura des aides aux investissements pour mettre en place des mesures de biosécurité, en lien avec la Région.

« Mes pertes par rapport aux marges brutes seront de 8000 à 10.000 euros et beaucoup plus sur le chiffre d’affaires. Et il me faudra au moins des aides de trésorerie pour redémarrer », explique Jean-Luc Tauzin, installé depuis 2008 à Brannens.

« Il faut bien comprendre que ces éleveurs sont plus sensibles car ici pas d’élevage industriel et pas de stock, on parle de circuits de proximité », souligne Bernard Artigue.

Boom des ventes en janvier

« Normalement le mois de janvier est très calme pour nous, les gens n’achètent plus beaucoup après les fêtes. Mais cette année, les ventes ont été multipliées par 2 ou 3. Les gens stockent par peur de manquer et nous ça va nous aider à nous faire un peu de trésorerie », explique Jean-Luc Tauzin.

« Les gens savent qu’à partir du 30 avril il n’y aura plus d’abattage alors ils font des réserves. En plus, ce n’est pas sûr non plus qu’il y ait une foire au gras cette année », explique Julien Peyrol, directeur de la coopérative Palmagri.

Quelque 400 à 600 canards sont abattus chaque jour dans cette structure artisanale qui fédère 16 éleveurs de canards et emploie jusqu’à quinze personnes en période de forte activité. Les vides sanitaires imposés vont aussi impacter cette activité.

 

A Bordeaux, le 28 janvier 2016, reportage auprès des éleveurs de canards regroupés dans la coopérative Palmagri, alors que des mesures draconniennes sont prises pour lutter contre l’influenza aviaire. - E.Provenzano/20 Minutes

 

« Il est toujours possible qu’ait lieu un réassortiment du virus via le porc, ce qui serait alors dangereux pour l’homme », souligne Jean Charles Quintard pour justifier ces mesures draconiennes, mises en place pour la première fois en France. Il reconnaît néanmoins que l’efficacité du dispositif pour éradiquer l’influenza aviaire n’est pas assurée.

Mots-clés :