Application de pesticides dans des vignes bordelaises
Application de pesticides dans des vignes bordelaises - S.ORTOLA/20MINUTES

Les dangers des pesticides, un thème sensible à aborder dans une région viticole, puisqu’environ 20 % des pesticides utilisés en France le sont pour les 4 % de surface agricole utile que représentent les vignes. La branche girondine de l’association nationale Générations Futures, qui milite contre les pesticides, est très active. Elle organisait jeudi une réunion d’information publique à Langon, suite à l’affaire de Preignac, qui a été l’occasion d’un vif débat entre médecins, proches de victimes des pesticides, viticulteurs et citoyens.

Pourquoi est-ce un sujet particulièrement sensible dans le département ? 

En mai 2014, une institutrice et ses élèves ont été victimes de malaises dans l’école de Villeneuve, située au milieu des vignes, après un épandage. Pendant l’été 2015, une étude a été publiée par l’institut national de veille sanitaire (Invs) à la demande de l’agence régionale de santé (ARS) sur une suspicion d’excès de cancers pédiatriques sur la commune viticole de Preignac. Le rapport explique que les effectifs dans cette commune de 2.000 habitants ne sont pas suffisants pour tirer une conclusion scientifique.

Qui sont les membres de Générations Futures en Gironde ?

Deux militantes locales de l’association Générations Futures qui sensibilise et informe sur les pesticides se battent aussi pour faire reconnaître leurs proches comme victimes de l’industrie chimique. Valérie Murat est la fille d’un vigneron dont le décès a été reconnu en lien avec son exposition à l’arsénite de sodium (pesticide utilisé pour traiter les vignes) par la mutualité sociale agricole (MSA). Marie-Lys Bibeyran, elle-même ouvrière viticole, se bat pour faire reconnaître le cancer dont est décédé son frère comme maladie professionnelle. Il a appliqué des pesticides sur les vignes pendant 20 ans.

Que pensent les médecins de l’affaire de Preignac ? 

Pierre Michel Périnaud président d'« Alerte Médecins Pesticides », invité par Générations Futures, est revenu sur le rapport rendu par l’Invs. Il se dit surpris qu’après avoir écrit qu’il n’est pas possible « d’éliminer un excès de cas » sur cette commune, et reconnu qu’il y a un niveau de preuve fort pour un lien entre les pesticides et certains cancers pédiatriques (leucémies et tumeurs cérébrales par exemple), l’Invs ne juge pas la poursuite des investigations nécessaire au-delà de la petite commune.

Que proposent-ils ? 

Le collectif propose de vérifier le nombre de cancers déclarés sur l’ensemble d’une zone viticole (à Bordeaux ou ailleurs) afin de pouvoir comparer avec toutes les autres communes. On saura ainsi si le taux de cancers est supérieur dans les secteurs viticoles. Il suggère également de s’intéresser à la dérive des pesticides dans l’environnement et à son effet sur l’homme en effectuant des analyses sur un échantillon d’enfants. Il se prononce en faveur d’un principe de précaution au nom de la santé publique, le temps que soient menées ces études.

Quelles sont les réactions des viticulteurs ? 

« J’ai réduit le nombre de mes traitements et je préviens les riverains par mail avant de traiter », se défend l’un des viticulteurs présents dans la salle. « On arrive à réduire de moitié les traitements mais cela demande du temps. Derrière il y a des questions économiques et notre travail », ajoute Guy Vasseur, vice président de la chambre de la chambre agricole de la Gironde.

« Les représentants de la profession ont constamment été dans le déni. On est en train de pourrir l’image de ce noble produit qu’est le vin parce que certains veulent faire du fric », se désole un élu de la confédération paysanne à la chambre de l’agriculture. Un viticulteur, qui fait du vin en biodynamie sur 15 hectares dans le Sauternais, a lui pris la parole pour défendre son produit, expliquant que s’il reste quelques traces de pesticides, on en recense 300 fois moins que dans un vin traditionnel.

Et des citoyens ? 

« Des études on en fait plein et pendant ce temps les agriculteurs et les enfants crèvent ! Il faut dès à présent mettre en place un principe de précaution », estime un des membres du public. « Je pense qu’on est en train de revivre la même catastrophe sanitaire qu’avec l’amiante », s’alarme un autre.

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