COP21: L' Aquitaine sommée d'anticiper les effets de la montée des eaux et de l'érosion

ENVIRONNEMENT Sur la station balnéaire de Lacanau, un scénario de relocalisation de 1.200 appartements et d'une centaine de commerce est envisagé à partir de 2050...

M.B et E.P

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Lacanau, 12 mai 2014. - Travaux de restauration des dunes de la plage centrale de Lacanau dont le littoral a ete endommage lors des intemperies de l'hiver 2014. - Photo : Sebastien Ortola

Lacanau, 12 mai 2014. - Travaux de restauration des dunes de la plage centrale de Lacanau dont le littoral a ete endommage lors des intemperies de l'hiver 2014. - Photo : Sebastien Ortola — SEBASTIEN ORTOLA

Les 270 kilomètres du littoral Aquitain subissent de plein fouet les effets de la montée des eaux et de l’érosion, deux phénomènes inéluctables et qui sont liés. Une stratégie de gestion du trait de côte a été identifiée en 2009 comme l’une des missions prioritaires pour le groupement d’intérêt public (GIP) du littoral Aquitain.

Des projections fiables attendues

« Nous avons mis en place une stratégie régionale sur l’érosion des côtes, pas encore sur la montée des eaux, explique Renaud Lagrave, président du GIP Littoral aquitain. Les deux phénomènes sont liés, mais nous n’avons pas encore assez de connaissance sur le phénomène de submersion, car il y a débat entre les scientifiques, l’Etat et les collectivités sur les différentes projections. Or, dire à un territoire que le niveau de l’océan montera de 5, 10 ou 30 centimètres dans les 30 années à venir, cela fait une différence concernant ses activités économiques, et humaines, basées sur son littoral. »

L’observatoire de la côte Atlantique va fournir un rapport sur le sujet dans les mois qui viennent qui permettra d’arbitrer la construction de futurs ouvrages sur les différents secteurs concernés.

A Soulac, l’immeuble Le Signal est devenu le symbole de l’érosion dans la région. Ses occupants ont été évacués puisque le bâtiment n’est plus qu’à 17,5 mètres des flots, contre 200 lors de sa construction, en 1967.

Lacanau, entre protection et relocalisation

La station balnéaire de Lacanau, en Gironde, fait partie des secteurs très impactés par l’érosion de la côte, qui y recule d’environ un mètre par an. Les tempêtes de 2014 ont sérieusement aggravé la situation puisqu’un repli de 15 mètres a été enregistré et des travaux de reconstruction du front de mer avaient été nécessaires. Des mesures à long terme sont à l’étude pour mieux protéger la commune. « Les réflexions menées ce sont pour les futures générations, on parle de la période 2050/2100 », relève Laurent Peyrondet, le maire de Lacanau (Modem).

On ne sait pas encore s’il s’agira seulement de mesures de protection ou d’une relocalisation partielle de la ville. Dans tous les cas, un second perré de 2 km de long et de 8 m de haut est envisagé à partir de 2018. Le coût de cette réalisation est évalué à 23 millions d’euros.

330 millions d’euros pour relocaliser

Au total, les coûts des mesures de protection à long terme (enrochement, perré etc.) seraient au total de 50 à 60 millions d’euros quand une relocalisation est évaluée à 330 millions d’euros.

Celle-ci concerne un périmètre de vulnérabilité, soit une zone de 800 mètres de long et d’un kilomètre de large sur lequel sont installés 1.200 appartements et une centaine de commerces. La plupart des logements de cette station balnéaire sont des résidences secondaires bâties dans les années 70 dans le cadre de la Mission interministérielle pour l’aménagement de la côte aquitaine (MIACA). « Et les gens savent qu’ils pourront profiter de leurs logements jusqu’en 2050 », précise Laurent Peyrondet.

« La commune de Lacanau ne peut pas porter le sujet seule et les fonds Barnier (fonds de prévention des risques naturels majeurs) ne prennent pas cette situation en compte, il faudrait une structure comme un établissement public, par exemple », pointe le maire de Lacanau. Le choix entre les deux scénarios devrait intervenir entre 2018 et 2020.

La plage centrale ressemblera à celle de Saint-Malo en 2050

« En 2050, la plage centrale sera du type de celle de la station de Saint Malo mais la différence c’est que nous avons 15 kilomètres de plage de chaque côté », pointe Laurent Peyrondet qui insiste sur la beauté des plages, même au lendemain des tempêtes de 2014. « On n’a jamais eu autant de sable qu’à l’été 2015 on n’avait pas eu de plages comme ça depuis 20 ans ! » estime-t-il.

 

La plage de Saint Malo est assez étroite à marée haute. - SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

 

La ville vient d’obtenir une enveloppe de 700.000 euros pour réaliser des études et assurer l’entretien du perré et réensabler en cas de besoin pour les trois années à venir.

« Les tempêtes de 2014, c’était exceptionnel mais le problème c’est que ce genre de phénomènes devient de plus en plus récurrent », pointe l’édile.

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