Bordeaux: A l'approche de l'hiver, le préfet veut créer 200 places de plus pour les SDF

SOCIAL Reportage au centre Emmaüs de la rue Dupas, rive droite, l'un des centres d'accueil aujourd'hui trop petit pour le nombre de demandes...

Basile Morthymen

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Le centre d'hébergement d'urgence rue Dupas.

Le centre d'hébergement d'urgence rue Dupas. — B. Morthymen / 20 Minutes

Ce lundi 19h, Mehdi arrive avec son sac à dos au foyer d’Emmaüs, rue Dupas, à la Bastide. A 18 ans, le jeune homme va passer sa première nuit dans un centre d’accueil d’urgence (CAU), un mois après avoir quitté ses parents, en Franche-Comté. Il s’est dirigé vers Bordeaux, pour «voir l’océan», dormant dehors, puis quelques jours chez un copain.

«Mais il ne pouvait plus m’héberger, explique Mehdi, et quand j’ai appelé le 115, je ne m’attendais pas à avoir un logement dès ce soir, on m’avait dit que c’était compliqué. C’est plutôt cool, ça change de la rue.»

Un millier de places en hébergement d'urgence

A son arrivée, on lui propose un repas, de quoi se doucher, et un lit de camp dans un algeco avec quatre personnes. Ce soir, ils sont 39, des hommes seuls, pour 45 places disponibles dans ces bungalows. Cette extension fonctionnera jusqu’en avril, et s’ajoute aux trente lits (tous occupés lundi) du centre permanent dans le bâtiment mitoyen.

En décembre, le CAU Dupas accueillera plus de 100 personnes, sur un millier de places d’hébergement d’urgence prévues à terme en Gironde, dont 400 dans le cadre du Plan Hiver. Si un lit est attribué pour 15 jours renouvelables, la plupart des bénéficiaires resteront jusqu’en avril, sauf problème ou départ vers un logement, assurent les salariés d’Emmaüs.

Tant pis donc si l’endroit est excentré – quasiment à Floirac -, et qu’il faille lever le camp tous les matins à 8h. Jack, un demandeur d’asile tchadien de 38 ans, prisonnier 18 ans en Lybie, a attendu 15 jours une solution d’hébergement. Pour Messan, italo-togolais de 55 ans, cela a pris plusieurs mois. Ils n’ont obtenu un toit qu’avec le démarrage du plan hiver.

200 places pérennes sur trois ans

Pour répondre toute l’année à ces besoins, et pas seulement en hiver, la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS) a demandé à l’Etat davantage de places pérennes.

Elle a pour cela tapé du point sur la table, refusant de gérer l’accueil à l’ex-clinique du sport de Mérignac, afin de manifester son hostilité à la gestion «au thermomètre» de l’hébergement d’urgence, auquel le ministère du Logement lui-même demande de mettre fin.

Ce mardi, à l’issue d’une réunion avec les associations, les collectivités locales et les bailleurs sociaux, Michel Delpuech, préfet de Gironde, a annoncé que l’association Adoma remplacerait la Fnars à Mérignac. Surtout, il a proposé de financer 200 places pérennes en trois ans, dont une cinquantaine seront rapidement mises à disposition dans les diverses structures des associations.

La préfecture souhaite aussi une meilleure répartition de l’effort d’accueil, avec «des petits lieux dispersés». «Nous travaillons avec la mairie du Teich pour créer 35 à 40 places dans le secteur du Bassin, où on en a besoin», souligne Michel Delpuech.