«Ce n'est pas un simple escroc, il est machiavélique»

LIVRE Christine de Védrines est l’une des reclus de Monflanquin. Elle a passé dix ans sous l’influence de Thierry Tilly, condamné à dix ans de prison pour avoir ruiné la famille de Védrines. Elle raconte sa descente aux enfers dans un livre « Nous n’étions pas armés », publié le 31 mai chez Plon…

Elsa Provenzano

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Christine de Védrines, auteur de " Nous n'étions pas armés", publié chez Plon.

Christine de Védrines, auteur de " Nous n'étions pas armés", publié chez Plon. — S.Ortola / 20 minutes

Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin d’écrire ce livre ?

Mon mari et mes trois enfants ont écrit un chapitre du livre, ce qui est très important pour moi. Je me suis lancée dans l’écriture pour que la vérité de ce qu’on a vécu soit dite. J’ai voulu expliqué comment «l’araignée tisse sa toile» et comment une famille ordinaire peut se laisser abuser. Je pense qu’on n’est jamais vraiment protégé d’un pervers narcissique de cette envergure. Il existe toujours des dissensions dans une famille et on a tous des failles émotionnelles qu’une personne comme lui peut exploiter.

Je culpabilise énormément d’avoir fait endurer cela à mes enfants. Ce livre se veut un témoignage d’amour maternel. Je ne veux pas qu’il y ait de non-dits et de secrets qui pèsent sur ma famille, notamment pour mes futurs petits-enfants.

On a du mal à comprendre comment cet homme a pu manipuler une famille entière pendant une période si longue ?

Pendant trois ans, Thierry Tilly côtoie Ghislaine de Védrines, ma belle-sœur. Elle le rencontre sur recommandation d’un avocat estimé par la famille et il l’aide professionnellement. En confiance, cette dernière lui raconte tout de nous : nos qualités et nos défauts. Mais on ne peut pas lui reprocher de nous l’avoir présenté par la suite.  

On a aussi eu pas mal de mésaventures ( vols, cambriolage...) qui nous ont inquiétés. Il nous a pris de l'argent, soi-disant pour nous protéger de différentes menaces et mettre de côté pour nos enfants. Mais tout était faux. Ce n'est pas un simple escroc, il est machiavélique. 

Le pire c’est que je ne crois pas vraiment à tout ce qu’il raconte ( contrairement à d 'autres membres de la famille) mais il m’a calomnié et je me retrouve obligé de suivre ma famille pour ne pas la perdre. Mais, sans adhérer complètement, je suis bel et bien manipulée.

Mais vous étiez nombreux et soudés? 

En fait, cela nous a plombé d’être une famille clanique et nombreuse. Si j’arrive à parler un peu de mes doutes à un membre, il y en a toujours deux ou trois pour me contredire et répéter les arguments de Thierry Tilly.

Il a été très loin avec vous puisqu’il vous a séquestré et maltraité pendant plusieurs semaines.

Ce qu’il a fait sur moi aurait pu l’amener aux Assises, pour actes de barbarie. On a accepté la correctionnalisation parce que les Assises, cela aurait été long et douloureux. Ce qui est important c’est que la justice de mon pays l’a reconnu et condamné à la peine maximum encourue, dix ans.S'il cherche à me faire avouer la cachette d’un trésor supposé, en fait il m’a séquestré pour pouvoir m'écarter et  vendre la maison de famille à Monflanquin( Lot et Garonne).

Vous êtes la première à vous enfuir : quel a été le déclic ?

En Angleterre, il me fait travailler dans un restaurant à Oxford et le propriétaire Bobby m’a beaucoup aidé. Il m’a incité à revenir en France et à écrire. Une amie s’est aussi rapprochée de maître Picotin, spécialiste des questions de manipulation mentale, et m’a soutenu. J’ai essayé de convaincre mon mari de me suivre mais en vain. Je suis donc partie seule en France, en laissant mes enfants à Oxford. J’ai porté plainte pour séquestration à mon arrivée et neuf mois après a eu lieu la première exfiltration pour récupérer mon fils. Une deuxième a lieu plus tard pour le reste de la famille.

Comment se passe la reconstruction après une telle descente aux enfers ? Le livre vous aide t-il à aller mieux ?

On a tout perdu : la maison familiale dont Charles a hérité et qui était dans la famille depuis 300 ans, l' appartement en première ligne au Pylat, et notre maison à Caudéran. Maintenant on vit dans un logement social. Je suis enseignante dans un collège et mon mari va bientôt se réinstaller comme gynécologue. Pour mes enfants ce n’est pas toujours facile, ils se reconstruisent doucement et essaient de faire de cette faiblesse une force. Le plus crucial, c’est de travailler sur soi afin de ne pas rester victime. Ce livre n’est pas une thérapie, il me permet de tourner la page après le constat d’un gâchis économique et humain.

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