Jean-Baptiste Soula et Daisy Cheng, du château Latour Laguens
Jean-Baptiste Soula et Daisy Cheng, du château Latour Laguens - DR

M.B.

Le tour de la propriété «a duré le temps de fumer une cigarette.» Ariane Hils, ex-propriétaire de château Peironnin à Rions-sur-Gironde, n’en revient toujours pas. Contactée en septembre 2012 par un investisseur chinois après la mise en vente de son domaine familial, «une équipe d’une quinzaine de personnes est venue visiter les lieux, est repartie aussi sec, puis nous avions rendez-vous chez le notaire.» Le rendez-vous sera « plusieurs fois repoussé», et «au dernier moment il a demandé à renégocier le prix.» «Les investisseurs chinois sont actuellement en position de force, poursuit Ariane Hils, surtout avec les petits propriétaires comme moi, sur lesquels ils jettent leur dévolu. Nous sommes beaucoup à ne plus pouvoir nous en sortir depuis quelques années, et à être contraints de vendre. Et il n’y a plus que les Chinois qui achètent.»

La première propriété bordelaise à être passée sous pavillon chinois fut Latour-Laguens, à Saint-Martin-du-Puy, en 2008. «C’est la fille d’un riche industriel chinois qui a racheté» explique Jean-Baptiste Soula, régisseur du château, mis en place par Daisy Cheng après le rachat, de l’ordre de 1,2 million d’euros. «Elle a déjà investi quasiment autant pour la rénovation des chais, l’arrachage de vignes...Et tout a été fait par des entreprises locales.» Ancienne haut-fonctionnaire, Daisy Cheng s’occupe dorénavant à temps plein de la commercialisation de son vin, en Chine. Le rendement a été améliorée de 30%, «car on a donné les moyens adéquats à l'équipe en place, notamment en investissant dans des sièges de taille électriques.» Aujourd'hui, «95% de la production part en Chine» explique Jean-Baptiste Soula. «Mais nous allons élargir nos exportations dans quelques années.»