Château Bellefont Belcier, premier grand clu classé à Saint-Emilion, racheté en décembre 2012 par un investisseur chinois
Château Bellefont Belcier, premier grand clu classé à Saint-Emilion, racheté en décembre 2012 par un investisseur chinois

Mickaël Bosredon

Le mouvement s’est accéléré en 2012, et «pourrait s’accroître en 2013», selon un spécialiste de l’immobilier viticole. Depuis 2008, trente-deux domaines bordelais sont passés sous pavillon chinois. Un trente-troisième, Les vieux Maurins à Saint-Emilion, est en cours d’acquisition. «L’année 2013 s’annonce comme une année charnière, analyse Benoist Simmat, journaliste spécialisé dans l’économie du vin, car des milliers de petits propriétaires dans le Bordelais sont en difficulté, et certains pourraient franchir le pas de la vente.»

Le vignoble et les terroirs «ne sont pas délocalisables»

Mais faut-il avoir peur de cette vague? «On a annoncé un péril jaune, poursuit Benoist Simmat. Mais «l’invasion» n’a pas eu lieu. Une trentaine de propriétés dans le Bordelais, sur 9 ou 10.000, c’est dérisoire. Et il n’y a eu qu’une seule opération symbolique, le rachat en décembre de Bellefont-Belcier, premier grand cru classé à Saint-Emilion ; Le reste, ce sont de petites opérations entre un et dix millions d’euros, ce qui reste modeste pour le Bordelais.»

«Bordeaux a toujours compté des investisseurs étrangers, rappelle Laurent Gapenne, vice-président du Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB). Il y a eu les Anglais, les Hollandais, les Américains… Les Belges sont à ce jour les investisseurs étrangers les plus représentés, et on n’en parle jamais. Maintenant, ce sont les Chinois qui arrivent, essentiellement des industriels ou de hauts-fonctionnaires.  Et ces personnalités deviennent nos ambassadeurs à l’étranger.» Pour Christophe Château, directeur de communication du CIVB, «un amalgame est fait entre le monde du vin, et celui de l’industrie. Quand des Chinois démantèlent une usine française, effectivement cela peut paraître inquiétant. Mais le vignoble et les terroirs, eux, ne sont pas délocalisables! Chaque fois ils ont gardé les équipes en place, ou fait appel à des professionnels réputés. Ce sont de vrais passionnés.» «Je ne crois pas qu’ils feront appel à de la main d’œuvre chinoise bon marché sur nos terres, ajoute Benoist Simmat. Cela ne s’est, en tout cas, encore jamais produit.»

Christophe Derenoncourt, conseiller réputé dans le vignoble bordelais, se montre plus sceptique. «Ils ont sauvé des propriétés en péril, cela va sans dire. Mais la volonté de ces gros investisseurs Chinois est de gagner beaucoup d’argent, vite. Alors, ils achètent une marque ici, revendent le vin très cher en Chine, sans que l’on soit sûr de ce qu’ils mettent dans la bouteille au passage. Moi qui suis un «terroiriste», cela me fait de la peine.» «Le seul vrai danger que je vois, selon Benoist Simmat, c’est le risque de voir une propriété exporter tout son vin en Asie. Cela voudrait dire que l’étiquette disparaîtrait des rayons français, ce serait ennuyeux.» Mais, le journaliste de conclure que «Bordeaux a de toute façon besoin de ces investissements.»