Une exposition qui a de la Gaule

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Publié le 12 septembre 2012.

HISTOIRE - Le musée d'Aquitaine présente une très belle collection de vestiges gaulois du Sud-Ouest..

Casser le mythe du Gaulois fruste et rudimentaire. L’exposition «Au temps des Gaulois, l’Aquitaine avant César», qui s’ouvre samedi 15 septembre au musée d’Aquitaine à Bordeaux, et que 20Minutes a pu visiter en avant-première, entend revenir sur quelques idées reçues. Les bijoux en or montrent ainsi la précision de nos ancêtres dans la sculpture d’objets. Les restes de bracelets en verre prouvent qu’ils savaient déjà tailler ce matériau. Les meules qu’ils avaient des connaissances avancées pour le travail de la terre. Tous ces objets, présentés sur trois niveaux, ont été trouvés lors de fouilles ces quinze dernières années, à Bordeaux et dans le reste de l’Aquitaine, notamment sur le site de Lacoste. Certains seront montrés pour la première fois au public, comme cette sculpture de tête de Gaulois en calcaire, déterrée sous le parking du grand hôtel de Bordeaux.

Les chantiers menés par l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) ont aussi permis d’en savoir plus sur le mode de vie des Gaulois dans la région. Une maison typique de village de l’époque a ainsi pu être reconstituée grandeur nature, ainsi qu’un four et un grenier. Des ateliers de poterie et verrerie montreront les techniques utilisées par ces populations entre le Vème et le Ier avant J.-C. Le fac-similé d’une pirogue trouvée dans le lac de Sanguinet fera également sensation. A ne pas rater non plus l’exceptionnelle collection de pièces en or. C’est en effet à partir du IIIème siècle avant J.-C. que la Gaule commence à frapper ses propres monnaies, avec ses effigies «picassiennes.»

Christophe Sireix, archéologue à l’Inrap du grand Sud-Ouest, a mené le chantier de fouilles sur le site de Lacoste, et participé à l’organisation de l’exposition. Il répond aux questions de 20Minutes.

L’exposition est organisée autour des découvertes effectuées sur le site de Lacoste, près de Castillon-la-Bataille. Quelle est l’importance de cet endroit à l’époque gauloise?
C’était une agglomération artisanale qui, au IIIème siècle avant J.-C., rayonnait à l’échelle du Sud-Ouest. Elle mesurait environ 30 ha et les artisans s’y sont regroupés pour mettre en commun leur savoir-faire, et fabriquer des objets à échelle industrielle. Cette agglomération était parfaitement organisée, avec ses lotissements, ses ateliers de forges, où l’on fabriquait des fibules (petits objets) et des pièces d’armement, ses poteries, sa place du marché. On y importait du vin du sud de l’Italie, que l’on échangeait ou que l’on achetait : on ne cultivait pas encore de vigne en Gaule ; ce sont les Romains qui la planteront. Lacoste était le gros centre commercial de la région.

Comment a-t-il été découvert ?
Les premiers objets ont été trouvés au début des années 1950 par un archéologue amateur, en l’occurrence mon père. J’ai poursuivi les fouilles avant d’entrer à l’Inrap, ce qui m’a amené à m’occuper d’autres vestiges, jusqu’à ce que j’y revienne lorsqu’il a été question d’y faire traverser un gazoduc. Total a financé les fouilles préventives, ce qui nous a permis de mettre en place un chantier de très grande ampleur en 2007 et 2008. Nous nous sommes concentrés sur une bande de 800 mètres de long sur dix de large, sur laquelle nous avons déterré plus de 5 000 objets. Lacoste est, à ce jour, l’une des agglomérations artisanales de l’Europe celtique les mieux documentées.

Que mangeait-on à l’époque?
Nous avons trouvé des squelettes d’animaux nous indiquant que l’on consommait des moutons, des chèvres, des cochons et des bovidés. Pas de cheval. Nous avons aussi trouvé des milliers de godets à sel, ce qui montre que l’on faisait des salaisons. Le sel, en provenance de la côte Atlantique, était très important pour la conservation des aliments, et la consommation, humaine et animale. On sait aussi que l’animal domestique, comme le chien, était déjà présent.

Qui étaient les habitants de Lacoste ?
Il s’agissait sans doute de Petrocores, ancêtres des Périgourdins. Ils se sont installés ici car ils se trouvaient au carrefour de plusieurs voies de communication, comme la Dordogne, permettant aux embarcations d’y accoster.

Qu’est-ce qui explique sa disparition par la suite ?
L’avènement des oppidas à partir du IIème siècle avant J.C., où sont regroupés les lieux de pouvoir, a provoqué le déclin des activités artisanales. C’est l’époque où Bordeaux et Périgueux se sont développées. Lacoste a continué d’exister jusqu’au IIème siècle après J.-C., pour l’organisation de foires.

A l’époque gauloise, Bordeaux n’était donc pas une agglomération très importante ?
On estime l’apparition de Bordeaux au VIème siècle avant J.-C. A l’époque, la ville ressemblait à Lacoste, en plus petit. Elle était confinée dans un triangle autour de la place de la Comédie, jusqu’à la place Gambetta, soit environ 4 ha formant une terrasse naturelle, à l’abri des inondations. C’est au moment de la romanisation que la ville est devenue le chef-lieu des Bituriges Vivisques, ancêtres des Bordelais.

Exposition jusqu’au 17 mars 2013 au musée d’Aquitaine, 20, cours Pasteur à Bordeaux. Tarif : 5 € (réduit 2,50 €).

Mickaël Bosredon
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