Patrick Dorinson: «Barack Obama devrait avoir peur de Paul Ryan»

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Publié le 14 août 2012.

INTERVIEW - Ce stratégiste républicain décrypte le choix de Mitt Romney...

En choisissant Paul Ryan comme colistier, Mitt Romney prend le premier risque de cette campagne. Miser sur un cadre montant du parti, ultra-conservateur, peut-il payer? «Assurément», avance le stratégiste républicain Patrick Dorinson.

Pour ceux qui le découvrent, quel type d'homme politique est vraiment Paul Ryan?

Il est élu au Congrès depuis 14 ans, dans un district du Wisconsin assez varié, mélange d'électorats urbain et rural qui change souvent de couleur à chaque élection. C'est un penseur, un homme très articulé, qui connait bien ses dossiers et offre des réponses construites et pas de simples citations pré-mâchées.

Qu'est-ce que cela dit sur Romney? Qu'il devait secouer sa campagne?

Cela montre que contrairement à ce que beaucoup pensaient, moi le premier, il a du caractère et du courage. C'est un businessman: il a étudié rationnellement la situation et fait le meilleur choix possible, compte-tenu des circonstances. Que le ticket gagne ou perde, il aura proposé un vrai projet cohérent.

Les républicains se frottent les mains de ce choix. Les démocrates aussi. Qui a tort?

Barack Obama et les démocrates devraient avoir peur de Paul Ryan. Ce n'est pas Sarah Palin. Il a un CV bien plus fourni et une longue expérience des débats et de la vie politique. Joe Biden aura fort à faire en un contre un.

Il veut drastiquement réduire les programmes sociaux, privatiser en partie l'assurance santé des séniors. Cela ne va-t-il pas effrayer l'électorat?

C'est ce qu'espèrent les démocrates. Ils jouent déjà la carte de la peur, parlant de mesures «extrêmes» et «radicales». Comme si Ryan voulait mettre mamie à la rue. Son job, ça va être d'expliquer que ces mesures sont les seules qui peuvent encore éviter d'aller dans le mur. Sur la santé et les retraites, on sait depuis des dizaines d'années qu'on a un problème démographique. Il ne veut pas tout faire exploser. Pour ceux qui ont 55 ans et plus, rien ne va changer. Mais pour les autres, il va bien falloir regarder la vérité en face.

Ryan et Romney veulent baisser les impôts pour les plus riches. Cela n'a pourtant pas vraiment marché sous George Bush...

Car il a dépensé sans compter. La discipline budgétaire selon Ryan, c'est de commencer par fermer le robinet des dépenses. Il est plus proche de Reagan ou de Goldwater que de Bush. Le problème principal de l'économie actuelle, c'est que les entreprises ont de l'argent mais qu'elles le gardent sous leur matelas. Selon la philosophie conservatrice, revenir à un budget sain puis baisser les charges doit permettre de mettre fin à l’incertitude et relancer l'investissement. Obama propose un statut quo et veut continuer à dépenser, même si sa méthode n'a pas donné les résultats promis.

Peut-il s'abriter derrière la situation économique dont il a héritée?

Plus maintenant. S'il avait fait de l'emploi sa priorité au cours des deux premières années, il pourrait dire: «J'ai tout tenté mais l'environnement était trop mauvais.» Sauf qu'il a d'abord tout misé sur une réforme de la santé qui aggrave encore plus la situation des déficits. Les chiffres de l'emploi sont mauvais, la dette est sans fond. Cette fois, c'est au tour des républicains de faire campagne sur le thème du changement.

Propos recueillis par Philippe Berry
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