L'affaire Caravage serait une imposture

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Publié le 12 juillet 2012.

CULTURE - La prétendue découverte d'une centaine d'oeuvres de jeunesse du célébrissime peintre italien pourrait bien être une arnaque...

Le 5 juillet, deux chercheurs italiens plutôt inconnus au bataillon jusqu’alors fanfaronnent. Ils auraient «découvert» dans le Fond Peterzano du château des Sforza à Milan une centaine de dessins et peintures réalisés par Michelangelo Merisi dit Le Caravage, le génie italien du clair-obscur. Cette trouvaille, prétendent les experts, est le fruit de deux ans d’étude approfondie du Fond Peterzano, peintre auprès duquel le Caravage était apprenti entre 1584 et 1588. La valeur du butin: 700 millions d’euros, ont-ils calculé sur la base des 7 millions d’euros estimés pour chaque œuvre.

Lancée par une dépêche de l’agence de presse italienne Ansa, qui obtient le «scoop», la presse s’enflamme. La Repubblica publie une pleine page enthousiaste. Dans le monde entier, la nouvelle est reprise telle une vérité estampillée. Les dépêches annonçant un «tournant historique dans l’histoire de l’art» sont traduites dans toutes les langues.

La mairie de Milan invite à la prudence

De leur côté, les amateurs du Caravage veulent y croire… Mais restent prudents. Il y a toutes les raisons de se méfier. A peine la bonne nouvelle est-elle annoncée qu’un petit film illustrant les travaux des deux chercheurs est diffusé sur YouTube. Le 7 juillet apparaît sur Amazon un e-book signé des deux chercheurs en question. Coïncidence ou coup de pub fondé sur un mensonge grotesque?

La mairie de Milan, propriétaire de la collection, s’étonne «des modalités» de l’annonce, expliquant qu’elle n’avait été informée de rien en amont. Elle invite à «la prudence» et surtout, souligne que «M.Bernardelli Curuz et Mme Conconi Fedrigolli ne sont pas venus visiter le Fonds au cours des deux dernières années».

«Des bêtises»

Les historiens d’art sont très méfiants. La supercherie ne fait aucun doute pour le président du comité scientifique du Musée du Louvre Salvatore Settis, cité par Le Monde: «Des bêtises», tranche t-il avant d’analyser: «Cette manière de transformer une prétendue découverte en spectacle en dit long sur la façon dont est traitée aujourd’hui l’histoire de l’art en Italie.»

Même indignation du journaliste Tomaso Montanari d’Il Fatto Quotidiano -dont le Courrier International traduit la tribune- qui condamne lui le manque de professionnalisme de la presse. «Est-il possible qu’aucun journaliste ne se soit demandé pourquoi un telle «découverte» n’avait pas été publiée sur une revue de référence, réputée, mais sur deux ebooks d’Amazon?» écrit-il, pointant du doigt le ridicule du site officiel de la «découverte» giovanecaravaggio.it, pourtant pris au sérieux par tous.

L’aveuglement général est à son sens le symptôme d’une décadence du journalisme historico-artistique «qui se contente désormais de servir la soupe à l’occasion des grandes expositions, au point de ne plus discerner une vraie nouvelle d’un canular».

Des vérifications sont en cours

Pour l’heure, le site Amazon qui diffusait le fameux e-book l'a retiré de son catalogue mardi 10 juillet. La mairie de Milan effectue de son côté une série de vérifications. Les chercheurs, qui assurent avoir bien «visité le fonds à plusieurs reprises»  pourraient avoir travaillé à partir d'un catalogue d'images de basse résolution envoyé en mai 2011 par le Fonds Peterzano lui-même…  Des méthodes étonnantes quand on assure ensuite sans ciller avoir fait par miracle une découverte qui avait échappé à «ces abrutis de chercheurs qui se creusent les méninges depuis des décennies», pour citer Tomaso Montanari. 

A.L
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