Rim'k: «S'il n'est pas révolté, le rap perd de son âme»

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Publié le 28 juin 2012.

MUSIQUE - Rim'k, membre historique du 113 et taulier du rap revient avec «Chef de famille», son troisième album solo. Et le «Tonton» a fait du beau boulot. Il nous parle de l’état du rap français, de ses collaborations et de ses combats...

Famille nombreuse, chef de famille. Il est souvent question de famille dans les titres de vos albums. A quelle famille faites-vous allusion?

La famille c’est la mienne, celle du hip-hop et celle des quartiers populaires dans lesquels j’ai grandi. Tous ces gens métissés, je les considère comme ma famille. Ma famille c’est aussi mon public. Quand on regroupe tout ça, ça fait une très grande famille.

Sur cet album vous multipliez les collaborations? C’est important pour vous de décloisonner le rap?

Le rap a toujours été une musique hybride. On a toujours puisé dans plein de styles différents. De la soul au jazz en passant par le funk et jusqu’à l’électro. J’ai toujours abordé la musique comme ça. Je continue.

Et cette rencontre avec Kavinsky?

Mouloud Achour me l’a présenté. On s’est super bien entendus et puis voilà, on s’est enfermés en studio et c’était parti. Mes collaborations sont avant tout basées sur des rapports humains. Je trouve cela tellement important. La musique est un partage, on donne tellement de soi… Collaborer pour moi ne se résume pas à de simples featurings, ce ne sont pas non plus des invités. C’est un vrai projet commun.

Vous êtes très à l’écoute des autres artistes? De la musique en général?

Oui, j’écoute vraiment tout. Ça m’éveille l’oreille. Même les gros classiques français. Un petit coup de «Chante France» de temps en temps ne fait de mal à personne. Aznavour, Renaud, ça fait toujours du bien. On a un vrai patrimoine musical français auquel je suis sensible et que je respecte. Récemment Booba a utilisé «Mistral gagnant» de Renaud pour une de ses chansons. Kerry James avait invité Aznavour…

Est-ce que vous êtes un obsédé du travail?

Oui. Je suis addict. J’ai mon studio, dans le 9-4, «Frénézik». C’est un lieu de travail mais il y a aussi des endroits pour vivre. Je reçois des amis, je peux rester trois jours dedans, me réveiller en pleine nuit, avoir une idée, enregistrer un petit truc… je vis musique, je mange musique, je dors musique. L’ambiance c’est portes ouvertes. Comme si j’étais chez moi, que j’avais de quoi enregistrer et que tout le monde pouvait passer : mes amis de la musique, mais aussi ceux qui ne sont pas du milieu. Je bosse tout  le temps. Y’a pas d’heure. Quand je décide de faire un nouveau projet j’y sacrifie ma vie et j’y prends énormément de plaisir.

Comment expliquez-vous votre longévité ?

Le travail. C’est ce que j’explique aux générations qui arrivent après nous. Je leur dis qu’il n’y a pas que le buzz et internet. La seule valeur fiable c’est le travail. L’écriture c’est une gymnastique. Plus t’écris meilleur t’es, il n’y a pas de secret. Avec le 113, on n’a jamais essayé de suivre les tendances. On a toujours essayé de faire ce qu’on aimait vraiment. On a une vraie sincérité musicale, que notre public parvient à percevoir.  

Et sinon, comment se porte le rap français?

Ça va … On va dire qu’il est un peu convalescent mais ça va mieux. On a pris un gros coup au moment de la crise du disque, entre 2008 et 2010. Ça été vraiment difficile. Je produis mes disques et je l’ai bien ressenti. Mais d’un point de vue qualitatif, oui, ça va un peu mieux. Pendant des années ça tournait en rond mais là y’a des nouveaux groupes qui arrivent qui amènent une petite fraîcheur, Sexion d’assaut… 1995, c’est pas mal… J’aime leur démarche : ce un retour aux origines, aux racines du rap. Ça ne peut que me toucher… Si tu ne connais pas cette époque là du rap, tu ne peux rien comprendre à cette musique. Faut réviser ses cours quoi!

Le rap se doit-il d’être révolté?

Ce n’est pas une obligation mais c’est vrai que c’est l’essence du rap qui est né comme ça. Il vient des ghettos new yorkais, c’est un mouvement contestataire, un cri de la rue. Donc s’il n’est pas révolté il perd de son âme.

Et vous vous êtes toujours révolté?

Oui à ma manière. J’ai dix ans de carrière, donc je peux me le permettre. Je continue de dénoncer des faits qui me révoltent. Les médias pensent souvent que les rappeurs  glorifient des actes répréhensibles. Ce n’est pas le cas. On fait un constat de faits, il faut avoir l’intelligence de lire entre les lignes.

Votre premier combat quel est-il?

Il est social. Aujourd’hui en France y’a des sujets sensibles, l’économie, le chômage, sont des sujets dont j’ai envie de parler car cela touche de plein fouet les gens autour de moi. Et j’ai aussi des expériences personnelles que j’ai envie de partager avec mon public. Je viens de quartiers difficiles, d’une grande famille. Je suis issu d’un milieu très modeste. J’ai envie de le partager. Mais j’ai aussi envie de partager mon ambition. C’est important aussi de donner de l’espoir.

A quand un album Rim’K-Booba façon Jay’z-Kanye West?

Ah c’est une excellente idée tiens ! C’est flatteur en tout cas. Avec Booba, on se retrouve sur plein de points. On est de la même génération de rappeurs, on a explosé au même moment. On a la même longévité. Tout ça crée des liens. On a les mêmes compositeurs musicaux, la même équipe d’images. On travaille un peu de la même façon.

 

Propos recueillis par Sarah Gandillot
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