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La France du football black-blanc-beur a le moral, mais surveille ses arrières

Des supporteurs français fêtent la victoire des Bleus face à l'Espagne au Mondial, le 28 juin 2006 sur les Champs-Elysées à Paris
Des supporteurs français fêtent la victoire des Bleus face à l'Espagne au Mondial, le 28 juin 2006 sur les Champs-Elysées à Paris/Olivier Laban-Mattei AFP

Quels sont les effets du succès des Bleus en France?

Quoi de neuf à l'horizon ? Du bleu, rien que du bleu. Depuis la victoire de la France contre l'Espagne mardi dernier, des millions de Français ne parlent plus que de ça, ou presque. La qualification contre le Brésil a marqué une nouvelle étape. Avec 500 000 personnes descendues dans les rues à Paris après le quart de finale samedi, la mobilisation est partie sur des bases plus élevées qu'en 1998, lorsque le titre de champion du monde avait attiré sur les Champs-Elysées la plus grande manifestation de rue depuis la Libération.

Pour le sociologue Jean-Michel Faure, chercheur au CNRS, ces scènes de liesse ne sont pas anodines. « Nous assistons à un phénomène de société très intéressant. Cette Coupe du monde offre aux gens l'une des rares occasions de dire qu'ils sont fiers d'être français. Ils n'ont que très rarement la possibilité de manifester leur attachement à la communauté. Une communauté qui partage des valeurs comme l'intégration, que symbolisent très bien l'équipe de France et ses joueurs issus de l'immigration. »

Cette joie est aussi porteuse d'attentes, estime le sociologue. « A Saint-Herblain, près de Nantes, nous avons constaté que des jeunes gens qui avaient brûlé des voitures pendant les émeutes de novembre sont descendus cette fois dans la rue avec des drapeaux bleu-blanc-rouge. Dans les deux cas, ils disent “nous sommes français et nous voulons être traités en français”. Le parcours des Bleus au mondial leur donne cette possibilité. »

Les victoires de l'équipe de France ont aussi un impact sur le moral des Français. Le psychiatre Christophe André * remarque que « ce que l'on voit, ce ne sont pas des Français contents mais carrément fous de bonheur. Ils sautent en l'air, crient leur joie dans la rue. » La raison, estime-t-il, « c'est qu'en plus d'apporter chaque fois une bonne nouvelle, ces succès valorisent individuellement et collectivement. Ils constituent un dopant pour l'ego et l'estime de soi. Par exemple, les gens qui vont aller au camping cet été savent que les étrangers leur parleront de Zidane. Ils seront fiers d'être français et d'arborer le maillot de l'équipe de France. »

Mais 1998 est passé par là, et personne n'est dupe. Les effets sur la société comme sur le moral ne seront pas durables. Christophe André met en garde : « Il faut vivre tout ça avec intensité sur le moment et avec du recul sur la durée. Les supporteurs qui s'identifient trop à leur équipe tombent parfois dans la déprime quand la défaite arrive. »

S. C.

Auteur d'Imparfaits, libres et heureux. Pratique de l'estime de soi, éd. Odile Jacob.

©2006 20 minutes
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