Concorde: le réquisitoire cible Continental Airlines et un ancien de la DGAC

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Publié le 13 juin 2012.

VERSAILLES - Le parquet général a demandé mercredi à la cour d'appel de Versailles de condamner Continental Airlines et un ancien cadre de la Direction Générale de l'Aviation Civile (DGAC) pour leurs responsabilités dans le crash du Concorde d'Air France, il y a douze ans près de Paris.

L'avocat général Michel Debacq a requis une amende de 225.000 euros, le maximum encouru pour homicides involontaires, à l'encontre de la compagnie américaine, et 18 mois de prison avec sursis contre Claude Frantzen, 74 ans, ancien responsable à la DGAC, autorité en charge de la sécurité aérienne.

En première instance, Continental avait été condamnée à une amende plus légère de 200.000 euros pour l'accident qui a fait 113 morts le 25 juillet 2000 à Gonesse (Val-d'Oise), et M. Frantzen avait été relaxé.

Selon l'avocat général, un DC10 de Continental Airlines a déclenché la catastrophe, en perdant une lamelle métallique sur la piste de décollage du Concorde à Roissy.

Après avoir roulé sur cette pièce, un pneu du supersonique a éclaté, perforant le réservoir et provoquant l'inflammation du kérosène, a-t-il dit, jugeant cet "enchaînement causal bien clair".

Il a reproché à Continental Airlines "une faute de négligence dans la maintenance du DC10". La compagnie n'a selon lui "pas souhaité faire de gros investissements de maintenance sur un DC10 en fin de vie commerciale".

Continental Airlines avait fait citer pendant le procès, qui a duré plus de trois mois, plusieurs témoins disant avoir vu le Concorde en feu avant même d'avoir roulé sur la lamelle.

"L'avion fait 80 mètres en une seconde, il est donc très difficile pour des témoins très éloignés d'avoir une vision précise", a objecté M. Debacq.

"L'embrasement est matérialisé par la suie" sur la piste. "Rien ne permet de dire qu'il y ait eu quoi que ce soit avant", a-t-il ajouté.

Olivier Metzner, avocat de Continental Airlines, s'est félicité devant la presse d'"un progrès" par rapport à 2010, parce que "certaines fautes retenues contre Continental ont été exclues". "Nous irons jusqu'au bout pour dire qu'aucune faute ne peut être retenue contre Continental. Le raisonnement de l'avocat général doit mener à la relaxe", a-t-il déclaré.

M. Debacq a demandé la relaxe de deux employés de Continental Airlines.

Le chaudronnier John Taylor, avait été condamné à 15 mois de prison avec sursis en 2010 pour avoir mal fabriqué et fixé la lamelle, tandis que son chef d'équipe, Stanley Ford, avait été relaxé.

Pour l'avocat général, M. Taylor a commis une "faute caractérisée", mais n'avait "pas conscience du risque".

En ce qui concerne les responsabilités françaises, l'autre avocat général, Jean-Louis Bernadeaux, a reproché à M. Frantzen d'être "resté pendant 15 ans aveugle et sourd aux incidents ayant émaillé la vie de l'appareil".

Avec les incidents de pneus de 1979, 1985 et 1993, "c'est Gonesse qui envoie son préavis", a lancé M. Bernadeaux, reprochant à M. Frantzen de n'avoir pas suspendu le certificat de navigabilité (permis de voler) du Concorde en 1993.

"Il a contribué au maintien en vol d'un avion au nom du prestige qu'il représentait, au détriment de la sécurité", a renchéri M. Debacq.

L'avocat de M. Frantzen, Daniel Soulez Larivière, a dénoncé des réquisitions "extravagantes" et "totalement inappropriées".

"On ne fait pas voler des avions pour des questions de prestige. Nos amis américains et britanniques ont certifié l'appareil, donc c'est totalement inique", a-t-il dit.

Le procès doit s'achever lundi, après les plaidoiries de la défense. La cour d'appel ne rendra sa décision que dans plusieurs mois.

© 2012 AFP
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