La défense des accusés du Ponant ne veut pas d'un verdict "pour l'exemple"

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Publié le 12 juin 2012.

PARIS - Les avocats de trois des six Somaliens accusés de la prise d'otages du Ponant en 2008 ont appelé mardi la cour d'assises de Paris, qui prononcera son verdict jeudi, à ne pas les juger "pour l'exemple" mais uniquement sur "les faits".

"Allez-vous juger ces hommes, ou la piraterie et les troubles qu'elle occasionne ? Vous ne pouvez pas les mettre tous dans le même panier", a plaidé Me Martin Pradel.

L'avocat général, Bruno Sturlese, avait demandé la veille des peines de 10 à 15 ans de réclusion criminelle à l'encontre des six accusés, consacrant une partie de son réquisitoire au "fléau" de la piraterie somalienne.

"Ce n'est pas un exemple pour le monde qu'il faudra faire, c'est juste savoir ce qu'ils ont fait et les juger pour ça", a également souhaité Me Rachel Lindon.

Leur client, Abdurahman Ali Samatar, 28 ans, dont ils ont demandé l'acquittement, est l'un des trois accusés qui clament leur innocence depuis quatre ans, affirmant n'être jamais montés sur le Ponant.

Le luxueux voilier avait été arraisonné par une douzaine de pirates le 4 avril 2008 à l'entrée du Golfe d'Aden, et dérouté vers les côtes somaliennes. Plus d'une trentaine d'hommes s'étaient relayés à bord pendant une semaine pour garder les 30 membres d'équipage, avant de les libérer le 11 avril contre une rançon de 2,15 millions de dollars.

Quelques heures plus tard, les six accusés étaient interpellés à terre, dans un 4X4 où étaient découverts des armes et une partie de la rançon.

Abdurahman Ali Samatar affirme qu'il avait proposé ses services comme "garde" aux pirates mais avait été recalé au motif qu'il était "trop craintif" et ne "savait pas manier une arme". Il serait ensuite monté dans le 4X4 dans l'espoir que son frère et co-accusé Ismaël - qui reconnait être un pirate -, lui donne un peu d'argent.

"Emballé, c'est pesé!"

Abdullahi Youssouf Hersi, 25 ans, qui réfute tout lien avec les pirates, a dit avoir été payé 100 dollars pour conduire le 4X4 et a assuré qu'il ne connaissait pas les autres passagers.

Son avocat, Me Cédric Alépée, a estimé que l'accusation reposait essentiellement sur "la parole des victimes" qui ont identifié sur photos les mis en cause, et que les droits des accusés avaient été "bafoués" à l'instruction.

En quatre ans, on n'a jamais pu entendre les militaires français qui ont interpellé ces six-là", a-t-il déploré. "Dans une affaire correctionnelle ou criminelle, on ne se contente jamais de la parole des victimes. On procède à un tapissage (ndlr: présentation du suspect avec d'autres individus dont l'innocence est reconnue). Ca n'a pas été fait".

"Dans cette affaire, ça a été : +emballé, c'est pesé !", a protesté Me Alépée.

Sa consoeur, Me Charlotte Plantin, a énuméré les "éléments à décharge" concernant Youssouf Hersi : "absence d'ADN ou d'empreintes sur le bateau", "mise hors de cause par les autres accusés"...

"Il est là au mauvais endroit, au mauvais moment", a-t-elle affirmé, demandant son acquittement.

Les avocats d'un troisième accusé, Daher Guled Said, 34 ans, qui se présente comme un ravitailleur des pirates en khat et cigarettes et admet avoir surveillé les otages "quelques heures", ont demandé à la cour de prendre en compte la misère et l'instabilité qui sévissent dans son pays.

"Son histoire n'est pas détachable de celle de la Somalie", a plaidé Me Dan Hazan.

Soulignant le rôle d'"exécutants" de certains accusés, sa consoeur Françoise Cotta a souligné qu'ils ont déjà subi quatre années de détention provisoire, "complètement isolés, ne parlant pas notre langue" et sans nouvelles de leurs familles.

Les plaidoiries de la défense doivent se poursuivre mercredi.

© 2012 AFP
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